Or sous 4 200 $ : les raisons d’une chute brutale
Lingot d'or poli sur une surface en marbre sombre

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Table des matières

L'essentiel en 30 secondes

  • Le 28 septembre, l'once d'or au comptant cède 3,3 % à 4 146,12 $, sortant par le bas de la zone 4 230 $–4 510 $.
  • La Fed a relevé son taux directeur de 25 points de base à la mi-septembre ; les marchés anticipaient 65 % de probabilité d'un nouveau relèvement en octobre.
  • Le 23 octobre 2025, l'or enregistre sa plus forte chute journalière depuis 2013 (–6,3 %), principalement due à des ventes techniques après un record à 4 381,5 $.
  • Les ETF aurifères ont absorbé environ 50 tonnes supplémentaires depuis le début du mois, signalant que les acheteurs de long terme n'ont pas liquidé leurs positions.
  • Goldman Sachs cible 4 900 $ l'once à horizon un an ; la tendance haussière de fond reste intacte malgré la violence des corrections à court terme.

Le 28 septembre, l'once d'or au comptant cède 3,3 % et tombe à 4 146 $, prolongeant un recul amorcé la semaine précédente. La Fed, la remontée des rendements obligataires et la flambée du pétrole conjuguent leurs effets contre le métal précieux. En arrière-plan, une rétrospective datée du 23 octobre 2025 détaille la plus forte chute quotidienne de l'or depuis 2013 : –6,3 % en quelques heures.

L'or au comptant recule de 3,3 %

À 10h58 le 28 septembre, le XAU/USD s'établit à 4 146,12 $, en baisse de 3,3 %. Les contrats à terme reculent dans les mêmes proportions, à 4 178,05 $. L'indice du dollar progresse de 0,1 %, à 101,09.

Jusqu'à ce mouvement de vente, le métal évoluait dans une fourchette comprise entre 4 230 $ et 4 510 $. Il en est sorti par le bas et s'éloigne désormais significativement de son record historique, établi à près de 5 600 $ en janvier.

Cette cassure de zone est un signal technique clair : les acheteurs n'ont pas défendu le plancher. La demande institutionnelle sur les ETF reste présente, mais elle ne compense pas les flux vendeurs à court terme.

Façade du bâtiment de la Réserve fédérale à Washington
Illustration générée par IA

La Fed, principal frein pour l'or

La politique monétaire américaine constitue le facteur dominant de cette correction. À la mi-septembre, la Fed a relevé son taux directeur de 25 points de base à l'unanimité. Plusieurs responsables ont ensuite signalé que de nouveaux resserrements restaient envisageables. Les marchés intégraient, au moment de la publication, une probabilité d'environ 65 % d'un relèvement supplémentaire en octobre.

Beth Hammack, présidente de la Fed de Cleveland, identifie trois causes à la remontée des rendements des bons du Trésor à long terme : des perspectives de croissance plus robustes, les inquiétudes sur la soutenabilité de la dette publique américaine, et les anticipations de hausses de taux supplémentaires.

Le marché obligataire amplifie la pression. La semaine précédente, l'écart de rendement entre les bons du Trésor à 10 ans et à 2 ans s'est resserré à 17 points de base, son plus bas depuis début 2025. Un écart aussi étroit signale que les opérateurs anticipent des taux directeurs élevés durablement — ce qui pénalise mécaniquement un actif sans rendement comme l'or.

Le pétrole alimente les craintes d'inflation

La tension sur les marchés énergétiques constitue un deuxième vecteur de pression. L'Iran a refusé d'assouplir ses conditions pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Donald Trump a rejeté la proposition iranienne d'une réouverture sous sept jours, tout en annonçant s'attendre à une reprise des négociations.

Le conflit entre Washington et Téhéran est alors dans son 8e mois. Le Brent a progressé d'environ 70 % depuis le 1er janvier. Des prix élevés de l'énergie alimentent l'inflation, ce qui renforce les anticipations de resserrement monétaire — elles-mêmes défavorables à l'or.

Le paradoxe est réel : l'or est réputé valeur refuge contre l'inflation, mais quand la hausse des prix contraint la Fed à monter les taux, les rendements réels progressent et le coût d'opportunité de détenir du métal jaune s'alourdit.

Des ETF aurifères toujours recherchés

ANZ souligne que le contexte macroéconomique — hausse des rendements, dollar plus ferme — reste structurellement défavorable à l'or à court terme. La banque observe néanmoins une demande soutenue sur les fonds indiciels adossés au métal : les avoirs des ETF aurifères ont progressé d'environ 50 tonnes depuis le début du mois.

Ce flux positif vers les ETF indique que les investisseurs de long terme, notamment institutionnels, n'ont pas liquidé leurs positions. Ils ont, au contraire, utilisé la faiblesse des cours pour accroître leur exposition. Ce comportement diverge du mouvement de vente à court terme observé sur le marché au comptant et les contrats à terme.

PCE et emploi, les prochains tests pour l'or

Le moral des consommateurs américains a reculé en septembre à son niveau le plus bas depuis quatre mois, sous l'effet des inquiétudes sur les prix et l'économie. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a de son côté appelé la Fed à maintenir une approche ouverte, estimant que les gains de productivité liés à l'intelligence artificielle et la déréglementation pourraient contribuer à contenir l'inflation.

Deux publications vont orienter les anticipations de marché :

  • L'indice PCE (dépenses de consommation personnelle) d'août, publié le mercredi suivant — indicateur d'inflation de référence de la Fed.
  • Le rapport mensuel sur l'emploi de septembre, attendu le vendredi — donnée clé pour calibrer la prochaine décision de taux.

Un PCE au-dessus des attentes ou des créations d'emplois solides renforceraient la thèse d'un resserrement supplémentaire en octobre, ce qui pèserait à nouveau sur l'once.

Écran de trading affichant une chute brutale des prix en rouge
Illustration générée par IA

Pourquoi l'or a enregistré sa plus forte chute quotidienne depuis 2013

La rétrospective publiée le 23 octobre 2025 documente un épisode distinct mais éclairant. Ce jour-là, l'or chute de 6,3 % en quelques heures, de 4 356 $ à 4 125 $ l'once — la plus forte baisse journalière depuis 2013. Cette correction intervient au lendemain d'un record historique à 4 381,5 $ l'once. Malgré ce décrochage, le métal progresse encore d'environ 60 % sur l'année. L'argent, lui, perd 8,7 % ce même jour.

Suki Cooper, responsable de la recherche sur les matières premières chez Standard Chartered, pointe les ventes techniques comme principal facteur : « Les prix évoluaient en zone de surachat depuis le début du mois de septembre », précise-t-elle, tout en anticipant un rebond l'année suivante.

Des prises de bénéfices après une envolée record

Des prises de bénéfices après une envolée record

Vers 16h35 ce même 23 octobre 2025, l'once perd encore 5,18 %, à 4 130,4 $. Une baisse de cette ampleur n'avait plus été observée depuis les premiers mois de la pandémie de Covid-19 en 2020. Sur l'ensemble de l'année 2025, la hausse du métal reste de 56,5 % — une performance qui justifiait mécaniquement des prises de bénéfices après plusieurs mois de progression continue.

L'attente du CPI américain et le rôle du dollar

Ce repli intervient à la veille de la publication du Consumer Price Index (CPI) américain prévue le 24 octobre 2025. Les opérateurs réduisent leur exposition aux actifs sensibles aux décisions monétaires. La remontée de l'indice DXY de 0,36 %, à 98,94 points, accentue la pression : un dollar plus fort renchérit mécaniquement le coût de l'or pour les acheteurs étrangers.

Malgré un discours relativement accommodant de Jerome Powell, les marchés spéculent sur le calendrier précis des baisses de taux à venir d'ici la fin 2025. L'incertitude sur ce timing entretient la nervosité.

Un contexte géopolitique momentanément apaisé

Donald Trump annonce une rencontre prochaine avec Xi Jinping pour aplanir les différends commerciaux sino-américains. Cette perspective suffit à réduire la demande pour les valeurs refuges. Des discussions bilatérales doivent se tenir en Malaisie, avec l'objectif d'une trêve commerciale avant le 10 novembre. Washington conditionne l'accord à l'arrêt des livraisons illégales de fentanyl et à la reprise des achats de soja. Ce regain d'appétit pour le risque se traduit directement par des ventes d'or et d'argent.

Le soutien des banques centrales et la dynamique de long terme

Depuis deux ans, les banques centrales — en particulier celles de Chine et des pays émergents — accumulent de l'or. Initialement motivés par les sanctions occidentales et le gel des avoirs russes, ces achats s'inscrivent désormais dans une stratégie plus large de diversification des réserves de change.

Le début du cycle de baisse des taux de la Fed en septembre 2025 a renforcé l'attrait structurel du métal. Des taux plus bas réduisent le coût d'opportunité de détenir un actif sans rendement. Par ailleurs, le shutdown qui paralyse une partie de l'administration américaine depuis 21 jours entretient un climat d'incertitude budgétaire favorable à l'or sur le long terme — même s'il n'empêche pas les corrections techniques à court terme.

Une chute marquante mais une tendance toujours haussière

Sur le plan technique, la tendance de fond reste orientée à la hausse. Les niveaux de support à surveiller :

Niveau Signification technique
4 100 $ Premier support immédiat
4 059 $ Support secondaire
~4 000 $ Moyenne mobile à 20 jours, dernier rempart
4 200 $ Seuil de résistance à reconquérir pour relancer la dynamique haussière
4 250 $ – 4 300 $ Objectifs suivants en cas de rebond au-dessus de 4 200 $

Goldman Sachs vise 4 900 $ l'once à horizon un an. Les analystes de Barclays qualifient cette reprise d'atypique : « L'or brille généralement lorsque les économies sont au bord de la récession. Or, cette fois, il progresse dans un contexte de croissance solide et de taux d'intérêt encore élevés. » La banque interprète ce mouvement comme le signe d'un « malaise vis-à-vis de l'ordre budgétaire et monétaire mondial ».

L'argent dans le sillage du métal jaune

L'argent a chuté de 8,7 % le 23 octobre 2025 — sa plus forte baisse depuis 2021 — pour s'établir autour de 48 $, après avoir touché 47,89 $ en séance. Ce recul plus prononcé que celui de l'or s'explique par la faiblesse structurelle des volumes sur le marché de l'argent, qui amplifie les mouvements directionnels. La baisse de la demande industrielle, liée au ralentissement de la production dans plusieurs pays asiatiques, a également pesé. Les analystes maintiennent une vue positive sur le long terme, portée par l'essor des technologies vertes et la demande en panneaux photovoltaïques.

L'or illustre une tension permanente entre valeur refuge de long terme et actif pénalisé par les cycles de taux. Construire une allocation patrimoniale cohérente autour des métaux précieux, des SCPI ou du private equity suppose d'analyser les frais réels, les conflits d'intérêts et les corrélations — pas seulement les performances affichées. Finconnexion accompagne les investisseurs qui souhaitent arbitrer ces choix sans conflit d'intérêt ni rétrocession cachée.

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