Taux, actions et risque politique : les marchés à la rentrée
Écrans de trading affichant des courbes de taux obligataires en hausse

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Table des matières

L'essentiel en 30 secondes

  • Le taux américain à 10 ans a atteint 5,02 %, plus haut niveau depuis 2007 ; la hausse est portée par les taux réels, pas par l'inflation seule.
  • Les marchés actions résistent grâce aux bénéfices des entreprises, et la participation s'élargit au-delà des grandes capitalisations technologiques.
  • Le risque politique français pèse sur les spreads OAT : l'enjeu n'est pas l'élection présidentielle de 2027 mais la formation d'une majorité parlementaire stable.
  • La France projette une dette à 130 % du PIB en 2030 et affiche une croissance ramenée à 0,4 % selon l'INSEE, isolant le pays au sein de la zone euro.
  • Dans ce contexte, le crédit d'entreprise est préféré à la dette souveraine ; la duration longue reste risquée tant que les conditions monétaires ne changent pas structurellement.

Les rendements obligataires progressent sur des niveaux inédits depuis plusieurs années, les marchés actions tiennent malgré tout, et le risque politique européen refait surface. Ces trois dynamiques s'entremêlent et conditionnent les arbitrages d'allocation pour les prochains mois. Voici ce que les données actuelles permettent d'établir — et ce qu'elles ne permettent pas encore de trancher.

Analyste examinant une courbe de rendements obligataires en hausse
Illustration générée par IA

Rendements obligataires : une hausse portée par les taux réels

Les taux à dix ans américains, allemands et japonais évoluent simultanément sur des plus-hauts pluriannuels. Le taux américain à 10 ans a franchi le seuil de 5,02 %, niveau inédit depuis 2007. Ce mouvement n'est pas principalement alimenté par les anticipations d'inflation : c'est la composante taux réels qui tire les rendements vers le haut.

Deux forces structurelles se superposent. D'un côté, les besoins de financement des États restent massifs — la France projette une dette publique atteignant 130 % du PIB d'ici 2030 selon les trajectoires budgétaires actuelles. De l'autre, le cycle d'investissements lié à l'intelligence artificielle génère une demande concurrente de capitaux dans le secteur privé. Résultat : la compétition pour le capital s'intensifie, et les primes de terme se réajustent à la hausse.

Les tensions sur les marchés de l'énergie observées en cours d'année ont ravivé les craintes inflationnistes ponctuellement, mais cet effet reste secondaire dans l'explication de la correction obligataire. C'est l'analyse de Vincent Chaigneau, directeur de la recherche chez Generali Asset Management, dans sa dernière note de marché.

Taux directeurs : pourquoi la détente se fait attendre

Les anticipations de marché sur les taux directeurs restent orientées à la hausse, ou du moins résistantes à toute normalisation rapide. Trois facteurs retardent le pivot.

  • La croissance reste solide. Elle n'envoie pas encore de signal de ralentissement suffisant pour justifier un assouplissement monétaire précipité.
  • Les bénéfices des entreprises progressent. Les résultats du deuxième trimestre ont confirmé des perspectives bénéficiaires robustes, notamment dans les secteurs exposés à l'IA.
  • Le cycle technologique s'emballe. Les dépenses d'investissement liées à l'IA soutiennent la demande de financement, poussant les taux d'équilibre vers le haut.

Pour que les rendements obligataires refluent durablement, il faudrait observer au moins l'un de ces trois déclencheurs : un recul net de l'inflation, un resserrement budgétaire crédible dans les grandes économies, ou un ralentissement du cycle d'investissement technologique. À ce stade, aucun ne se matérialise de façon convaincante.

La Banque centrale européenne, confrontée au retour de l'inflation, prépare une nouvelle hausse de ses taux directeurs. La Fed, de son côté, maintient une posture prudente : Kevin Warsh, figure influente dans les cercles de la politique monétaire américaine, a récemment contribué à rassurer les marchés sur la trajectoire envisagée, sans pour autant fermer la porte à des ajustements supplémentaires. La liquidité globale reste abondante pour l'instant, mais plusieurs scénarios pourraient rapidement modifier cette équation — notamment un choc énergétique ou une révision à la baisse des anticipations de croissance.

Marchés actions : une résistance portée par les bénéfices

La corrélation habituelle entre hausse des taux longs et correction des marchés actions ne s'est pas vérifiée cette fois avec la même intensité. Les indices résistent, et la dynamique bénéficiaire en est la principale explication.

La saison des résultats du deuxième trimestre a confirmé la vigueur des perspectives bénéficiaires à l'échelle mondiale. Les valeurs liées à l'intelligence artificielle ont tiré la tendance, mais un élément mérite attention : la participation du marché s'élargit. La hausse ne se concentre plus sur un groupe restreint de méga-capitalisations technologiques américaines. D'autres secteurs et d'autres géographies contribuent désormais à la progression des indices. C'est un signal de santé relative, même si la prudence à court terme reste justifiée dans un contexte de taux élevés.

Le marché japonais mérite une mention particulière : après des décennies de stagnation, les actions nippones montrent des signes d'installation dans une tendance haussière durable, portée par des réformes de gouvernance et une dépréciation du yen favorable aux exportateurs. Wall Street, de son côté, continue de peser lourd dans le patrimoine des ménages américains — une réalité qui lie étroitement la confiance des consommateurs américains à la performance des marchés actions, et complique encore le travail des banquiers centraux.

Marché Signal dominant Facteur de soutien Principal risque
Obligations US Taux 10 ans à 5,02 % Aucun — pression haussière Persistance de l'inflation
Actions US Résistance malgré les taux Bénéfices S2, IA Concentration sectorielle
Actions Japon Tendance haussière naissante Réformes de gouvernance, yen faible Resserrement monétaire BoJ
Obligations souveraines EUR Spreads périphériques en hausse BCE encore restrictive Risque politique France/Italie
Crédit entreprise EUR Préféré à la dette souveraine Faible risque de récession Retournement du cycle de crédit
Assemblée nationale française au crépuscule, symbole du risque politique
Illustration générée par IA

Risque politique en Europe : la France et l'Italie sous surveillance

Le risque politique redevient un sujet de marché en Europe. Après les États-Unis et la Suède, l'attention des investisseurs se déplace vers la France et l'Italie, dont les échéances électorales de 2027 commencent à peser sur les primes de risque.

L'élargissement récent des spreads français — l'écart de rendement entre l'OAT française et le Bund allemand — reflète une double interrogation. Sur le plan budgétaire d'abord : l'INSEE a abaissé sa prévision de croissance à 0,4 %, isolant la France par rapport au reste de la zone euro. Les recettes fiscales progressent de 3,7 % malgré une économie quasi à l'arrêt, mais cette dynamique ne suffit pas à combler un déficit structurel qui s'inscrit dans un historique de cinquante ans de déséquilibre budgétaire. Sur le plan politique ensuite : le principal risque identifié n'est pas l'élection présidentielle elle-même, mais la capacité du futur exécutif à dégager une majorité parlementaire stable pour engager un rééquilibrage budgétaire crédible.

Dans ce contexte, la préférence pour le crédit d'entreprise par rapport à la dette souveraine se justifie tant que le risque de récession reste contenu. Les entreprises françaises et européennes affichent des fondamentaux de crédit plus solides que leurs États respectifs — une anomalie qui traduit la défiance croissante des marchés vis-à-vis des signatures souveraines européennes les plus fragilisées.

La France n'est pas seule dans cette situation. L'Italie subit des pressions comparables, amplifiées par un ratio dette/PIB structurellement plus élevé. La trajectoire projetée de la dette française à 130 % du PIB d'ici 2030 place mécaniquement la France dans une zone de vigilance accrue pour les investisseurs en dette souveraine de long terme. Les arbitrages entre dette souveraine et actifs privés deviennent une question concrète d'allocation, pas une hypothèse théorique.

Relations commerciales mondiales : l'économie réelle sous tension géopolitique

En arrière-plan, les échanges commerciaux mondiaux résistent aux tensions géopolitiques, mais le cadre dans lequel ils s'inscrivent se reconfigure. Les discussions entre les États-Unis et la Chine portent désormais simultanément sur trois dossiers structurels : les droits de douane, le contrôle des terres rares et le leadership dans le domaine de l'intelligence artificielle. Ces trois enjeux sont liés : les terres rares conditionnent la production de composants électroniques indispensables au développement de l'IA, et les droits de douane servent d'instrument de pression dans la négociation technologique.

Pour les investisseurs exposés à des actifs sensibles aux chaînes d'approvisionnement mondiales — qu'il s'agisse d'actions industrielles, de fonds exposés à la tech ou de SCPI investies en immobilier logistique ou commercial — cette recomposition des relations sino-américaines constitue un facteur de risque à intégrer dans la durée, et non un choc ponctuel à ignorer.

La création d'entreprises en France reste dynamique — plus de 106 000 immatriculations enregistrées en juillet 2026 — mais ce chiffre contraste avec la faiblesse de la croissance macroéconomique. Il témoigne d'un tissu entrepreneurial actif, sans que cela se traduise pour l'instant par un rebond de l'activité agrégée suffisant pour modifier la trajectoire budgétaire.

Ce que ces signaux impliquent pour l'allocation patrimoniale

Plusieurs conclusions opérationnelles se dégagent de l'ensemble de ces dynamiques.

  • La duration obligataire reste risquée. Tant que les taux réels n'ont pas de raison structurelle de baisser, allonger la duration pour capter du rendement expose à des moins-values latentes importantes.
  • Le crédit d'entreprise offre un meilleur couple rendement/risque souverain dans le cycle actuel, à condition de rester sélectif sur la qualité et le secteur.
  • Les actions résistent mais la sélectivité s'impose. La participation plus large du marché est un signe positif, mais elle ne justifie pas d'ignorer les niveaux de valorisation dans les secteurs les plus concentrés.
  • Le risque politique français n'est pas encore pleinement valorisé. L'élargissement des spreads OAT signale une inquiétude croissante ; l'horizon 2027 est suffisamment proche pour que ce risque entre dans les calculs d'allocation dès aujourd'hui.
  • La dilution monétaire de long terme pousse vers les actifs réels. Le glissement progressif d'une logique de flight to quality vers ce que certains analystes nomment un flight from money — fuite hors des actifs monétaires purs — plaide pour maintenir une exposition aux actifs tangibles ou à rendement réel positif.

Ces arbitrages ne s'appliquent pas mécaniquement à chaque situation patrimoniale. La structure fiscale du véhicule porteur, la liquidité disponible et l'horizon de placement modifient substantiellement les conclusions. Un contrat d'assurance vie en architecture ouverte, par exemple, permet d'accéder à des fonds obligataires à duration courte ou à des supports de crédit sélectifs sans supporter les contraintes d'un fonds en euros à allocation figée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et tout investissement en actifs de marché comporte un risque de perte en capital.

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