OAT française : les marchés cessent d’attendre Godot
Obligation d'État française et graphique de hausse des rendements obligataires

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Table des matières

L'essentiel en 30 secondes

  • Le rendement de l'OAT à dix ans a progressé d'environ 110 points de base en trois mois, pour atteindre 4,8 % ; c'est le spread avec le Bund, et non le niveau absolu, qui mesure réellement la défiance.
  • Le déficit public français est estimé à 5,2 % du PIB en 2026, le plus élevé de la zone euro, avec un solde primaire négatif de 3,68 % du PIB.
  • Le coupon moyen de la dette française (2,1 %) et la maturité moyenne (9 ans) amortissent le choc à court terme, mais le refinancement progressif à des taux plus élevés alourdit durablement la charge d'intérêts.
  • La France et la Belgique apparaissent isolées au sein de la zone euro, alors que la périphérie (Irlande, Portugal, Grèce, Espagne) a amélioré sa trajectoire budgétaire.
  • Le débat budgétaire d'octobre-novembre et les programmes des partis en vue de 2027 constitueront les prochains catalyseurs de la perception du risque souverain français.

Le rendement de l'OAT française à dix ans a progressé d'environ 110 points de base en l'espace de trois mois, pour évoluer autour de 4,8 %. Ce mouvement ne surprend plus personne. Ce qui retient désormais l'attention des investisseurs, c'est la dynamique qui le sous-tend : non plus le niveau de stock de dette, mais la trajectoire prévisible des comptes publics français à l'horizon 2026-2027. Michaël Nizard, Global Head of Asset Allocation Research chez Edmond de Rothschild Asset Management, en détaille les ressorts.

Salle de marchés avec écrans affichant des courbes de spread obligataire
Illustration générée par IA

Le spread OAT-Bund, vrai baromètre de la méfiance

Le niveau absolu des taux ne suffit pas à mesurer la défiance envers la dette française. L'indicateur pertinent est l'écart entre l'OAT française et le Bund allemand, revenu à des niveaux comparables à ceux observés lors de la crise de la zone euro du début des années 2010.

Un signal encore plus inhabituel est apparu en août : le rendement moyen de l'emprunt italien à trente ans est passé légèrement sous celui de l'OAT française de même maturité. La dette italienne n'est pas un actif sans risque — son niveau d'endettement reste supérieur à celui de la France. Mais cette convergence traduit un glissement de la perception du risque. Les marchés exigent désormais de la France une rémunération proche de celle demandée à Rome.

Ce déplacement ne vise pas la France seule. La Belgique et l'Italie apparaissent comme les économies les plus exposées à cette mécanique. Mais la France occupe une position particulière : elle est l'une des rares grandes économies de la zone euro à ne pas s'être engagée dans un mouvement de désendettement après 2022, date à laquelle la plupart des partenaires européens ont commencé à refermer les brèches ouvertes pendant la pandémie.

Document budgétaire ouvert sur une table de réunion avec calculatrice
Illustration générée par IA

Une arithmétique budgétaire qui se retourne

Entre 2015 et 2025, le ratio d'endettement français aurait augmenté de 19,4 points de PIB, dont cinq points depuis 2022. La dette publique devrait représenter environ 120 % du PIB en 2026, contre une moyenne de 91 % pour l'ensemble de la zone euro.

Le déficit public est estimé à 5,2 % du PIB en 2026 — le niveau le plus élevé de la zone euro — et resterait pratiquement stable à 5,22 % du PIB en 2027. Ces projections supposent une continuité politique minimale. En l'absence d'accord parlementaire sur le budget 2027, une reconduction par loi spéciale pourrait porter le déficit vers 5,5 % du PIB.

Le cœur du problème est le solde primaire — les comptes publics avant paiement des intérêts de la dette. Ce solde resterait négatif à hauteur de 3,68 % du PIB en 2026. Autrement dit, même avant toute charge d'intérêts, les dépenses excèdent les recettes. Dans une économie à croissance nominale modérée, cette configuration rend toute stabilisation du ratio de dette très difficile sans effort budgétaire significatif.

La France dispose d'un amortisseur : le coupon moyen de sa dette est estimé à 2,1 %, très en deçà des taux actuels. La maturité moyenne, proche de neuf ans, ralentit la transmission de la hausse des taux au coût global de financement de l'État. Mais cette protection est temporaire. À mesure que les anciens titres arrivent à échéance, ils sont refinancés à des conditions plus onéreuses. La charge d'intérêts progressera graduellement, sans à-coup brutal, mais de façon difficilement réversible.

La périphérie européenne qui redresse, la France qui décroche

La comparaison avec les autres pays de la zone euro est éclairante. L'Irlande a retrouvé une notation de catégorie AA et se comporte à nouveau comme un pays du cœur de la zone. Le Portugal, Chypre, la Slovénie, la Grèce et l'Espagne ont chacun amélioré leur perception de risque, en réduisant leurs ratios de dette et en rapprochant leurs notations de celles des économies les plus solides.

L'Italie, malgré un endettement encore très élevé, est parvenue à stabiliser sa trajectoire. La Grèce, longtemps symbole de la crise de la zone euro, est engagée dans une réduction de sa dette susceptible de ramener rapidement son ratio sous celui de l'Italie. La France et la Belgique apparaissent désormais relativement isolées parmi les grandes économies de la zone euro.

Ce n'est pas un risque de défaut qui est en jeu. La France n'est ni la Grèce de 2012, ni l'Italie de 2011. Son économie est diversifiée, son épargne privée importante, ses banques solides, son marché de la dette profond. Le danger est plus diffus : une hausse durable du coût de financement, qui réduirait progressivement les marges de manœuvre budgétaires et économiques.

Le budget d'octobre-novembre : premier test

Le débat budgétaire de l'automne constituera un point de passage déterminant pour les marchés. Plusieurs variables seront scrutées :

  • La probabilité effective d'adoption d'un budget pour 2026.
  • Les positions du Rassemblement national et du Parti socialiste — notamment leur disposition à l'abstention ou à la non-censure.
  • La nature et l'ampleur des mesures de redressement proposées.
  • La capacité de l'exécutif à constituer une majorité, même de circonstance.

L'incertitude est amplifiée par le manque de lisibilité des programmes politiques, celui du Rassemblement national en particulier. Sa proposition budgétaire pour 2025 repose sur des économies importantes mais jugées de faible crédibilité : réduction de la contribution européenne, coût de la réforme des retraites, mesures liées à l'immigration, taxation des rachats d'actions, et un poste de plus de 30 milliards d'euros d'économies ou de recettes nouvelles non détaillé. Les propositions de budget 2026 du RN sont attendues pour début octobre.

Le Rassemblement national pourrait être incité à une posture plus conciliante : afficher une image de responsabilité, et éviter d'hériter, en cas d'arrivée au pouvoir, d'une situation budgétaire encore plus dégradée. Mais cette hypothèse reste conditionnelle.

Ce que regardent les gestionnaires : performances YTD par classe d'actifs

Dans ce contexte de réappréciation du risque souverain, les fonds à duration courte et les stratégies de absolute return obligataire affichent des performances YTD positives et contenues. Le tableau ci-dessous recense les performances des fonds obligataires et flexibles défensifs suivis, en données depuis le début de l'année.

Fonds obligataire court terme : performances YTD

Fonds YTD
SLF (F) Bond ESG 6M part P 1,41 %

Fonds diversifiés défensifs et flexibles : performances YTD

Fonds YTD
DNCA Invest Beyond Alterosa A 3,86 %
HELIUM SELECTION 3,55 %
DNB Fund Nordic High Yield 3,07 %
HELIUM FUND 2,90 %
Pictet – Atlas – P EUR 2,77 %
Durandal 2,62 %
ELEVA Absolute Return Europe R 2,33 %
Dorval Global Conservative 2,31 %
HELIUM INVEST 1,77 %
CANDRIAM Risk Arbitrage 1,59 %
IVO Fixed Income EUR R Acc 1,58 %
Invesco Pan European High Income 1,47 %
M&G Total Return Credit Investment Fund 1,45 %
M&G (Lux) Global Floating Rate High Yield Fund 1,33 %
Schelcher Optimal Income 1,18 %
MAM Target 2027 1,12 %
Jupiter Strategic Absolute Return Bund Fund 1,07 %
IVO Short Duration SRI 0,77 %
DNCA Invest Eurose A EUR 0,68 %
Tikehau Short Duration – R – Acc – EUR 0,60 %
Axiom Short Duration Bond Fund 0,57 %
Sanso Short Duration C 0,55 %
Axiom 2027 0,52 %
CANDRIAM Patrimoine Obli Inter 0,51 %
Sextant Optimal Income 0,20 %
Sanso Objectif Durable 2024 A 0,14 %
Sycomore Allocation Patrimoine R 0,14 %
Short Duration Credit 0,04 %
Trusteam Optimum A -0,03 %

Fonds flexibles multi-actifs : performances YTD

Fonds YTD
HMG Globetrotter C 14,30 %
NOVA DYNAMIQUE A 13,35 %
Varenne Valeur A-EUR 10,72 %
Ecofi Enjeux Futurs 8,94 %
Carmignac Patrimoine A EUR Acc 8,14 %
Most Diversified Portfolio SICAV-TOBAM Anti-Benchmark Multi-Asset Fund part B1 7,84 %
BL Global Flexible 7,16 %
Galilée Global Thematics – RC 6,76 %
Dorval Convictions – Part R 6,50 %
GIS Global Multi Asset Income 6,40 %
NOVA FLEXIBLE AC 6,23 %
Carmignac Investissement Latitude A Eur Acc 6,17 %
FFG 6,04 %
Copernic – RC 5,97 %
Erasmus Capital Plus 5,85 %
Groupama Euro Convertible NC 5,70 %
MAM Solution 5,50 %
HMG Rendement D A/I 5,24 %
Legg Mason ClearBridge Infrastructure Value Fund 5,21 %
Flexigestion Patrimoine 4,83 %
Dorval Global Allocation 4,68 %
M&G (Lux) Emerging Markets Bond Fund 4,35 %
JPMorgan Investment Funds – Global Income Fund 4,30 %
OFI INVEST ESG MULTITRACK (R) 3,72 %
M&G (Lux) Dynamic Allocation Fund 3,40 %
Hesper Fund – Global solutions (T-12 EUR) 3,30 %
CPR Invest – Croissance Réactive 2,68 %
Tikehau International Cross Assets – R – Acc – EUR 2,49 %
Janus Henderson Balanced Fund 2,00 %

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ces données sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement.

La réappréciation du risque souverain français modifie la hiérarchie des actifs obligataires et renforce l'intérêt d'une allocation diversifiée, construite sur des critères objectifs plutôt que sur le seul rendement affiché. Finconnexion analyse indépendamment les véhicules disponibles — fonds obligataires, [SCPI](https://finconnexion.com/investir-en-scpi/), [assurance vie](https://finconnexion.com/assurance-vie/), [private equity](https://finconnexion.com/investir-private-equity/) — en décomposant les frais réels et les conflits d'intérêts que les distributeurs n'ont pas intérêt à exposer. Pour structurer votre allocation dans ce contexte, [prenez contact avec un conseiller indépendant](https://finconnexion.com/nos-offres/).

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