L'essentiel en 30 secondes
- La remontée des taux longs reflète principalement une hausse des taux réels, non un désancrage des anticipations d'inflation : les effets de second tour restent limités à ce stade (données au 29/09/2026).
- Le marché intègre progressivement un taux neutre structurellement plus élevé qu'entre 2008 et 2022 : un taux à 10 ans de 5,2 % reste dans la partie basse des niveaux historiques depuis les années 1960.
- Le risque n'est pas le niveau final des taux mais la vitesse de l'ajustement : un mouvement ordonné peut être absorbé, un choc brutal fragilise les bilans même quand les fondamentaux tiennent.
- Dans l'univers *absolute return* obligataire, la dispersion YTD est faible (moins de 4 points) ; dans les fonds flexibles, elle atteint 12 points — ce qui rend l'analyse du sous-jacent indispensable.
- La duration courte et le crédit sélectif restent la combinaison la plus cohérente avec ce régime de taux, à condition de ne pas sacrifier la qualité de l'émetteur sur l'autel du portage.
Les marchés naviguent en ce moment entre deux signaux contradictoires : des fondamentaux économiques qui tiennent, et une remontée des taux longs qui interroge sur la trajectoire à venir. La croissance reste solide des deux côtés de l'Atlantique, les perspectives bénéficiaires restent bien orientées — une progression à deux chiffres est envisagée aux États-Unis comme en Europe. Mais la rapidité de l'ajustement obligataire pose une question de fond : jusqu'où, et à quelle vitesse ?

Un choc énergétique, pas encore une inflation généralisée
La récente remontée des taux trouve son origine dans les tensions géopolitiques liées au conflit en Iran et leurs effets sur les prix de l'énergie — pétrole et gaz en tête. À mesure que la probabilité d'un accord durable recule, la perspective de prix durablement élevés se consolide, alimentant les pressions inflationnistes en Europe comme aux États-Unis.
Ce mouvement reste cependant localisé. À ce stade, il ne s'accompagne pas d'une réaccélération des prix des biens, des services ou des salaires. Les effets de second tour demeurent limités, même si le risque de diffusion reste présent. Les anticipations d'inflation de marché, des deux côtés de l'Atlantique, confirment cette lecture : aucun rebond marqué des anticipations long terme n'a eu lieu. Les investisseurs traitent encore ce choc comme temporaire, non comme le signal d'un régime inflationniste structurellement différent.
Cette distinction est centrale. Un choc d'offre énergétique ponctuel et une spirale prix-salaires n'appellent pas la même réponse de politique monétaire — ni la même allocation obligataire.
Derrière la hausse des taux, un changement de régime
Ce qui se joue en ce moment n'est pas un désancrage des anticipations d'inflation : c'est une hausse des taux réels. La croissance économique résiste mieux qu'attendu — les enquêtes PMI en témoignent —, et cela conduit les investisseurs à réévaluer le niveau des taux dits « neutres », ceux compatibles avec l'équilibre macroéconomique.
Le marché intègre progressivement l'idée d'un taux neutre structurellement plus élevé qu'au cours de la décennie 2010-2020. Une croissance nominale plus robuste, associée à des pressions inflationnistes persistantes, renforce cette conviction : les taux nominaux devraient rester durablement au-dessus des niveaux de l'ère post-2008.
Dans ce contexte, Tikehau Investment Management maintient une préférence pour la duration courte et un positionnement crédit sélectif, fondé sur l'analyse des fondamentaux des émetteurs plutôt que sur une exposition accrue au risque de duration (source : Tikehau Investment Management, Bloomberg, données au 29/09/2026).
Cette position rejoint une conviction de gestion que les conseillers indépendants défendent depuis plusieurs trimestres : dans un régime de taux plus élevés, la sélection d'émetteurs et la maîtrise de la sensibilité taux priment sur la recherche de portage à tout prix. Comprendre comment positionner la partie obligataire d'un portefeuille suppose d'intégrer cette lecture de régime, et non de raisonner uniquement sur les spreads de crédit actuels.

Le facteur décisif : la vitesse de l'ajustement
Les taux longs rémunèrent-ils correctement les risques actuels ? La réponse de Tikehau Investment Management est non : les déficits publics persistants et les pressions inflationnistes structurelles ne sont pas encore pleinement intégrés dans les rendements souverains. En retenant la croissance nominale (croissance réelle + inflation) comme repère pour les taux souverains, les niveaux actuels apparaissent encore insuffisamment ajustés.
Pourtant, des taux plus élevés ne sont pas incompatibles avec une économie qui fonctionne. En excluant la période d'hyperactivité des banques centrales de 2008 à 2022, un taux à 10 ans de 5,2 % se situe dans la partie basse des niveaux observés depuis les années 1960. Ce niveau n'est donc pas historiquement anormal — il est simplement inhabituellement élevé pour une génération d'investisseurs formés dans un environnement de taux zéro.
Le vrai risque est ailleurs. Ce n'est pas le niveau final qui fragilise les équilibres, c'est la vitesse de la remontée. Un ajustement progressif laisse aux économies et aux marchés le temps de s'adapter. Un mouvement brutal — même depuis des niveaux justifiés — peut déstabiliser les bilans, les valorisations d'actifs et les refinancements souverains, même quand les fondamentaux sous-jacents restent solides.
Le scénario central reste donc celui d'un ajustement ordonné. Des taux plus élevés peuvent être absorbés ; une hausse désordonnée serait autrement plus difficile à digérer pour les portefeuilles.
Performances YTD : fonds à duration courte et absolute return
Dans un environnement où la sensibilité taux pénalise les obligations longues, les fonds à duration courte et les stratégies absolute return affichent les performances les plus défensives au 29/09/2026 (source : Tikehau Investment Management, Bloomberg). Le tableau ci-dessous reprend les performances year-to-date des principaux fonds de cette catégorie :
| Fonds | YTD |
|---|---|
| DNCA Invest Beyond Alterosa A | 3,86% |
| HELIUM SELECTION | 3,55% |
| DNB Fund Nordic High Yield | 3,07% |
| HELIUM FUND | 2,90% |
| Pictet – Atlas – P EUR | 2,77% |
| Durandal | 2,62% |
| ELEVA Absolute Return Europe R | 2,33% |
| Dorval Global Conservative | 2,31% |
| HELIUM INVEST | 1,77% |
| CANDRIAM Risk Arbitrage | 1,59% |
| IVO Fixed Income EUR R Acc | 1,58% |
| Invesco Pan European High Income | 1,47% |
| M&G Total Return Credit Investment Fund | 1,45% |
| M&G (Lux) Global Floating Rate High Yield Fund | 1,33% |
| Schelcher Optimal Income | 1,18% |
| MAM Target 2027 | 1,12% |
| Jupiter Strategic Absolute Return Bund Fund | 1,07% |
| IVO Short Duration SRI | 0,77% |
| DNCA Invest Eurose A EUR | 0,68% |
| Tikehau Short Duration – R – Acc – EUR | 0,60% |
| Axiom Short Duration Bond Fund | 0,57% |
| Sanso Short Duration C | 0,55% |
| Axiom 2027 | 0,52% |
| CANDRIAM Patrimoine Obli Inter | 0,51% |
| Sextant Optimal Income | 0,20% |
| Sanso Objectif Durable 2024 A | 0,14% |
| Sycomore Allocation Patrimoine R | 0,14% |
| Short Duration Credit | 0,04% |
| Trusteam Optimum A | -0,03% |
À titre de comparaison, le fonds SLF (F) Bond ESG 6M part P affiche un YTD de 1,41% sur la même période (source : Tikehau Investment Management, Bloomberg, données au 29/09/2026).
Ces données appellent deux lectures. D'abord, la dispersion reste faible dans l'univers absolute return obligataire : l'écart entre le premier et le dernier fonds du tableau est inférieur à 4 points. Ensuite, les fonds high yield à duration courte (DNB Nordic, IVO, Invesco Pan European) surperforment les fonds investment grade longs, ce qui est cohérent avec un environnement de hausse des taux réels non accompagnée de stress de crédit majeur.
Performances YTD : fonds diversifiés et flexibles
Les fonds diversifiés et flexibles offrent un panorama plus contrasté. Les stratégies les plus dynamiques, exposées aux actions et aux convertibles, bénéficient du rebond des marchés actions malgré la hausse des taux (source : Tikehau Investment Management, Bloomberg, données au 29/09/2026) :
| Fonds | YTD |
|---|---|
| HMG Globetrotter C | 14,30% |
| NOVA DYNAMIQUE A | 13,35% |
| Varenne Valeur A-EUR | 10,72% |
| Ecofi Enjeux Futurs | 8,94% |
| Carmignac Patrimoine A EUR Acc | 8,14% |
| Most Diversified Portfolio SICAV-TOBAM Anti-Benchmark Multi-Asset Fund part B1 | 7,84% |
| BL Global Flexible | 7,16% |
| Galilée Global Thematics – RC | 6,76% |
| Dorval Convictions – Part R | 6,50% |
| GIS Global Multi Asset Income | 6,40% |
| NOVA FLEXIBLE AC | 6,23% |
| Carmignac Investissement Latitude A Eur Acc | 6,17% |
| FFG | 6,04% |
| Copernic – RC | 5,97% |
| Erasmus Capital Plus | 5,85% |
| Groupama Euro Convertible NC | 5,70% |
| MAM Solution | 5,50% |
| HMG Rendement D A/I | 5,24% |
| Legg Mason ClearBridge Infrastructure Value Fund | 5,21% |
| Flexigestion Patrimoine | 4,83% |
| Dorval Global Allocation | 4,68% |
| M&G (Lux) Emerging Markets Bond Fund | 4,35% |
| JPMorgan Investment Funds – Global Income Fund | 4,30% |
| OFI INVEST ESG MULTITRACK (R) | 3,72% |
| M&G (Lux) Dynamic Allocation Fund | 3,40% |
| Hesper Fund – Global solutions (T-12 EUR) | 3,30% |
| CPR Invest – Croissance Réactive | 2,68% |
| Tikehau International Cross Assets – R – Acc – EUR | 2,49% |
| Janus Henderson Balanced Fund | 2,00% |
L'écart entre le meilleur (+14,30 % pour HMG Globetrotter C) et le moins bon (+2,00 % pour Janus Henderson Balanced) atteint 12 points sur une période identique. Cette dispersion reflète des biais d'allocation très différents, notamment l'exposition aux small caps, aux marchés émergents ou aux convertibles. Elle illustre pourquoi l'analyse des fonds sur la seule performance YTD est insuffisante : la composition du portefeuille, la volatilité réalisée et le profil de risque associé sont indispensables pour juger de la pertinence d'un positionnement.
Les fonds flexibles bien positionnés en 2026 ont en commun une allocation actions significative et une duration obligataire maîtrisée. C'est précisément l'arbitrage qu'un régime de taux structurellement plus élevés impose : accepter du risque actions pour capter de la performance, et limiter la sensibilité taux sur la poche obligataire.
Ce que cela implique pour la construction de portefeuille
Plusieurs conclusions pratiques se dégagent de cette analyse de marché :
- La duration courte reste le positionnement le plus cohérent sur la poche obligataire tant que le niveau des taux neutres n'est pas stabilisé. Les fonds floating rate et les échéances 2026-2027 limitent l'exposition au risque de remontée supplémentaire.
- Le crédit high yield à duration courte surperforme le investment grade long dans ce contexte, à condition que le cycle crédit ne se dégrade pas — ce que les spreads actuels ne signalent pas encore.
- Les fonds diversifiés avec biais actions offrent la meilleure compensation du risque taux, mais leur dispersion de performance exige une analyse au niveau du sous-jacent, pas seulement de la catégorie.
- Un rendement élevé annoncé sur un fonds récent — absent de ce tableau faute d'historique suffisant — reste un signal d'alerte, pas un argument. Le TRI long terme et le track record du gestionnaire priment toujours.
- L'enveloppe fiscale et juridique conditionne la performance nette : un même fonds logé dans un contrat d'assurance vie luxembourgeois versus un contrat français peut produire des résultats très différents après prélèvements, en raison du choix des supports et de la portabilité du contrat.
Sur ce dernier point, l'assurance vie luxembourgeoise offre un accès à des supports institutionnels inaccessibles en contrat français standard, un triangle de sécurité réglementaire et un super-privilège sur les actifs cantonnés — des avantages structurels qui ne disparaissent pas avec la hausse des taux.



