L'essentiel en 30 secondes
- Le TOBAM Global Blockchain Equity Fund est un fonds actions UCITS, pas un fonds crypto : il détient des actions d'entreprises exposées au bitcoin (Strategy, Coinbase, BlackRock, Fidelity), avec un levier opérationnel qui amplifie hausses et baisses.
- Sur trois ans (2023-2026), la performance nette cumulée est de 226 %, supérieure au bitcoin direct (+170 %) sur la même période, selon les données communiquées à Patrimonia 2026.
- La thèse centrale — protéger le patrimoine contre la dévalorisation structurelle des monnaies fiat — est cohérente avec le contexte macro de 2026, mais ne constitue pas une garantie de performance future.
- Un fonds récent avec une performance courte période spectaculaire est un signal d'alerte autant qu'un argument : la fenêtre de trois ans ne permet pas de distinguer la compétence de la conjoncture favorable au bitcoin.
- Ce fonds présente un risque élevé de perte en capital, une concentration sectorielle extrême et un horizon d'investissement minimum de cinq à dix ans pour que la thèse du debasement puisse se matérialiser.
Trois ans après son lancement, le fonds TOBAM Global Blockchain Equity affiche 226 % de performance nette cumulée, selon les données communiquées à l'occasion de Patrimonia 2026. Derrière ce chiffre, une thèse précise : les monnaies traditionnelles se dévalorisent structurellement, et les actions de l'écosystème bitcoin offrent un levier supérieur à la détention directe de l'actif. Avant d'y souscrire, trois questions méritent une réponse technique.

La thèse centrale : le « debasement » comme risque patrimonial de fond
Yves Choueifaty, Président Fondateur de TOBAM, résume la thèse en un mot anglais : debasement, soit la dévalorisation progressive des monnaies par l'expansion monétaire. Le concept n'est pas nouveau — l'érosion du pouvoir d'achat des détenteurs de liquidités ou d'obligations est documentée depuis des décennies. Ce qui change, selon TOBAM, c'est que la question passe du statut de signal marginal à celui d'enjeu central pour la gestion de patrimoine dans les dix ans à venir.
L'argument s'applique à toutes les grandes devises : dollar, yen, euro, franc suisse. Chacune fait l'objet d'émissions continues, sans plafond défini. TOBAM oppose à cette logique la rareté programmée du bitcoin : 21 millions d'unités au maximum, limite inscrite dans le protocole et connue à l'avance. C'est précisément le titre retenu par la société pour sa bande dessinée publiée en septembre 2026 : 21 millions, qui projette le protocole bitcoin à l'horizon 2030.
La thèse est cohérente, mais elle comporte un angle mort que tout conseiller en gestion de patrimoine doit signaler à son client : la corrélation entre adoption du bitcoin et protection effective du pouvoir d'achat reste à démontrer sur un cycle complet. La volatilité du bitcoin dépasse de très loin celle de l'or ou des obligations indexées sur l'inflation, deux instruments eux aussi utilisés comme couverture contre le debasement. Un investisseur qui a souscrit au mauvais point du cycle peut subir une perte en capital significative avant de bénéficier de l'appréciation long terme.
Construction du portefeuille : actions de l'écosystème, pas bitcoin en direct
Le fonds ne détient pas de bitcoin en direct. Il s'agit d'un fonds 100 % actions, format UCITS, investi dans des entreprises dont l'activité est directement ou indirectement liée à l'appréciation et à l'adoption du protocole bitcoin. La logique est celle d'un investisseur pétrolier qui préfère les actions de major aux barils physiques : le levier opérationnel des entreprises amplifie la hausse du sous-jacent — et, symétriquement, accentue la baisse.
Axel Cabrol, CIO de TOBAM, mentionne explicitement plusieurs lignes au Patrimonia 2026 :
- Strategy (anciennement MicroStrategy) — société cotée dont la stratégie de trésorerie repose massivement sur la détention de bitcoin.
- Coinbase — plateforme d'échange régulée, cotée au Nasdaq.
- BlackRock et Fidelity — gestionnaires d'actifs dont les ETF bitcoin spot américains génèrent des revenus croissants liés à l'adoption institutionnelle.
Ce positionnement présente un avantage réglementaire réel : le format UCITS est éligible à la majorité des contrats d'assurance vie et des PER distribués en France. TOBAM confirme que le fonds est référencé chez la majorité des assureurs de la place, ce qui élargit l'accès aux investisseurs particuliers via leur contrat existant. La sélection de supports en assurance vie reste néanmoins un exercice qui dépasse le seul format réglementaire : les frais de gestion du contrat, les éventuelles rétrocessions et la liquidité des unités de compte méritent d'être examinés ligne par ligne.
Un point structurel à ne pas négliger : investir dans des entreprises exposées au bitcoin ne revient pas à investir dans le bitcoin lui-même. La surperformance observée s'explique en partie par l'effet de levier des bilans — Strategy détient des dizaines de milliers de bitcoins financés par de la dette — et par la prime de liquidité que les investisseurs institutionnels paient pour accéder à cette classe d'actifs via des actions cotées. Ce levier fonctionne dans les deux sens.

Performance sur trois ans : les chiffres et leur lecture critique
Les chiffres communiqués à Patrimonia 2026 sont les suivants :
| Indicateur | Performance sur 3 ans |
|---|---|
| TOBAM Global Blockchain Equity (net) | +226 % |
| Bitcoin (même période) | +170 % |
| Performance annualisée nette du fonds | +49 % |
| Performance nette 2026 (partielle) | +20 % |
| Bitcoin en 2026 (partielle) | négatif |
La surperformance par rapport au bitcoin direct s'explique, selon TOBAM, par l'exposition aux revenus liés à l'adoption de la technologie blockchain au-delà de la seule appréciation du prix de l'actif. En 2026, année où le bitcoin affiche une performance encore négative à la date de Patrimonia, le fonds revendique plus de 20 % de performance nette. Cet écart tient vraisemblablement à la composition du portefeuille : les actions de gestionnaires d'actifs comme BlackRock ou Fidelity bénéficient de la collecte sur leurs ETF bitcoin, indépendamment du prix spot.
Yves Choueifaty lui-même prend soin d'avertir sur ce point : la performance des trois premières années — +309 % cité en valeur brute dans certains supports — ne sera pas reproduite mécaniquement. La performance future peut être « beaucoup plus ou beaucoup moins ». Ce rappel, formulé par le gérant lui-même, est à prendre au sérieux. Un fonds récent avec des performances spectaculaires sur une courte période constitue un signal d'alerte autant qu'un argument de souscription : la fenêtre d'observation est trop étroite pour isoler la compétence de la conjoncture.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce fonds comporte un risque élevé de perte en capital, amplifié par l'effet de levier inhérent aux actions de l'écosystème bitcoin.
TOBAM : positionnement de la société de gestion
TOBAM — acronyme de Think Out of the Box Asset Management — est une société de gestion française indépendante, présente à Paris, Dublin et New York. Elle développe une thèse d'investissement sur le bitcoin depuis 2017, soit plusieurs années avant le lancement du fonds actions en 2023. Cette antériorité est un élément de crédibilité : elle distingue TOBAM des acteurs opportunistes qui ont lancé des véhicules crypto au pic de cycle 2021.
La société positionne explicitement son offre en opposition aux gestionnaires d'actifs dominants, en proposant ce que « BlackRock ne fait pas encore ». L'argument a une portée marketing évidente, mais il repose sur un constat réel : jusqu'au lancement des ETF bitcoin spot américains par BlackRock et Fidelity en 2024, l'accès des investisseurs institutionnels et patrimoniaux au bitcoin via des véhicules régulés restait limité. TOBAM a occupé ce créneau avec un format UCITS éligible aux enveloppes françaises.
La participation à Patrimonia 2026 est la deuxième consécutive pour TOBAM. Le stand H62 est dédié à la présentation du fonds et à la célébration de ses trois ans. Axel Cabrol, CIO, assure la présence opérationnelle aux côtés de Yves Choueifaty.
Ce que ce fonds n'est pas : les limites à intégrer avant toute décision
Plusieurs points méritent d'être explicités, car ils ne figurent pas dans les supports de présentation produit :
- Absence de liquidité garantie : même en format UCITS, la liquidité des lignes sous-jacentes (actions de petites capitalisations de l'écosystème crypto) peut se détériorer rapidement en période de stress. Le format UCITS encadre la liquidité du fonds, pas celle de ses actifs.
- Concentration sectorielle extrême : le portefeuille est délibérément mono-thématique. Il n'offre aucune diversification au sens traditionnel du terme. Il s'agit d'un paris directionnel sur le bitcoin et son écosystème.
- Levier caché via les sous-jacents : Strategy (anciennement MicroStrategy) finance ses achats de bitcoin par émissions de dettes et d'actions. Une baisse du bitcoin se traduit par une baisse amplifiée de l'action, et donc du fonds.
- Horizon d'investissement long impératif : la thèse du debasement est structurelle et s'inscrit sur cinq à dix ans minimum. Un investisseur avec un horizon court s'expose à une volatilité disproportionnée par rapport à son objectif.
Pour un investisseur en private equity ou en SCPI habitué aux actifs illiquides, l'encadrement UCITS peut donner une fausse impression de sécurité. La liquidité quotidienne ne protège pas contre la perte en valeur liquidative en cours de détention.
Contexte macro : pourquoi la thèse du debasement trouve un écho en 2026
Plusieurs données de marché disponibles fin 2026 alimentent la thèse de TOBAM sans la valider mécaniquement. Les taux américains à 10 ans ont atteint 5,02 %, soit leur niveau le plus élevé depuis 2007. Les OAT françaises à 10 ans frôlent les 5 %, avec un spread par rapport au Bund dépassant les 150 points de base — un niveau qui a conduit la Banque de France à alerter publiquement sur la trajectoire de la dette. Sur trois mois, les OAT ont progressé de 1,13 point, la hausse la plus rapide enregistrée depuis 1987.
Ces mouvements illustrent la tension entre deux dynamiques : des États contraints d'émettre massivement pour financer leurs déficits, et des marchés obligataires qui exigent une prime de risque croissante. C'est précisément dans ce contexte que la thèse du flight from money — concept opposé au traditionnel flight to quality — prend de la consistance : les investisseurs cherchent des actifs dont la valeur ne dépend pas de la solvabilité d'un État émetteur.
Le bitcoin répond à cette logique en théorie. En pratique, il reste corrélé aux actifs risqués en période de stress aigu, comme l'a montré 2022. La diversification qu'il offre est partielle et asymétrique. Un portefeuille patrimonial solide intègre cette réalité avant de calibrer la pondération.



