L'essentiel en 30 secondes
- Schroders maintient un positionnement procyclique sur les actions américaines et européennes, mais réduit son exposition à la tech asiatique et aux émergents après de fortes progressions.
- La hausse des taux Fed du 16 septembre 2026 était anticipée ; les doutes sur la crédibilité de la banque centrale persistent et justifient une position longue sur l'or.
- Le crédit investment grade et high yield est en opinion négative : les spreads historiquement serrés et les émissions liées à l'IA créent un profil asymétrique défavorable.
- La dette émergente en devises locales, notamment les obligations d'État coréennes, est le seul segment obligataire en opinion positive.
- Le dollar est ramené à neutre ; le yen est relevé sur la base d'un changement structurel de la croissance nominale japonaise, pas d'une anticipation d'intervention de la BoJ.
Schroders publie en septembre 2026 ses convictions multi-actifs dans un environnement où la croissance résiste mais où les risques s'accumulent et se corrèlent. La Fed a relevé ses taux le 16 septembre, le pétrole progresse sur fond de tensions au Moyen-Orient, et les spreads de crédit atteignent des niveaux qui offrent peu de coussin. Voici comment Ugo Montrucchio, CIO Multi-Asset chez Schroders, arbitre entre classes d'actifs à cette date.

Faible risque de récession aux États-Unis : pourquoi rester positif sur les actions
Le scénario central de Schroders repose sur un risque de récession américaine jugé faible à fin septembre 2026. La dynamique des bénéfices des entreprises reste un soutien solide à l'opinion positive sur les actions, même si la conviction s'érode à la marge.
Deux nuances méritent attention. D'un côté, le gestionnaire maintient une vue favorable sur le Nasdaq. De l'autre, il est devenu moins positif sur la technologie asiatique, après des performances jugées excessives sur ce segment. Ce glissement illustre une discipline de valorisation que beaucoup d'allocataires tardent à appliquer : une thématique peut rester fondamentalement solide tout en étant trop chère pour justifier un surpoids.
Le positionnement global reste procyclique, mais Schroders reconnaît explicitement que le scénario favorable est désormais largement intégré dans les cours. Le potentiel de surprises positives se réduit mécaniquement.
Hausse des taux de la Fed, pétrole et crédibilité : des risques plus corrélés
Les risques qui entourent le scénario central ne se sont pas seulement multipliés : ils convergent. Trois facteurs s'alimentent mutuellement.
- Tensions au Moyen-Orient : les réserves stratégiques de pétrole sont réduites, ce qui amplifie la sensibilité des prix à tout incident géopolitique. Schroders en tire une conviction positive sur les valeurs de l'énergie et des mines.
- Pression inflationniste via l'énergie : une hausse des prix du pétrole complique la tâche de la Réserve fédérale, déjà contrainte de démontrer sa détermination sous la présidence de Kevin Warsh.
- Crédibilité de la Fed : la hausse du 16 septembre était anticipée par Schroders et perçue comme nécessaire pour ancrer les anticipations. Malgré cela, les doutes persistent sur la volonté de la banque centrale à aller assez loin dans le resserrement.
Face à ce risque de crédibilité monétaire, Schroders détient de l'or comme couverture explicite. Ce n'est pas un pari sur la déflation ou sur une crise systémique : c'est une position de protection contre le scénario où la Fed abandonne trop tôt son cycle de hausse.
Sur les taux, les anticipations de marché sont désormais alignées sur les prévisions du gestionnaire. Schroders adopte tactiquement une position longue sur le 10 ans américain, justifiée par l'amélioration des valorisations. Toutefois, après la clôture récente de positions longues sur les obligations d'État — ouvertes sur la base de taux réels élevés et de l'anticipation de la hausse de septembre —, le gestionnaire préfère rester à l'écart pour l'instant, compte tenu de la résilience de la croissance et de la progression des prix de l'énergie.
Actions : l'Europe et les États-Unis privilégiés, les émergents ramenés à neutre
Le tableau ci-dessous synthétise le positionnement géographique de Schroders sur les actions à fin septembre 2026.
| Marché | Opinion | Justification principale |
|---|---|---|
| États-Unis | Positif | Faible risque de récession, bénéfices solides ; conviction tempérée par la concentration tech |
| Europe (hors UK) | Positif | Indicateurs avancés en amélioration, mix sectoriel plus équilibré |
| Royaume-Uni | Neutre | Marché trop défensif pour exprimer un positionnement procyclique |
| Japon | Neutre | Politiques favorables mais yen en appréciation et valorisations élevées |
| Marchés émergents mondiaux* | Neutre | Ramené à neutre après forte progression ; valorisations surveillées |
| Taïwan | Neutre | Leadership semi-conducteurs reconnu, mais niveaux critiques à court terme |
* Les marchés émergents mondiaux couvrent l'Europe centrale et orientale, l'Amérique latine et l'Asie.
La décision de ramener Taïwan à neutre illustre une discipline de gestion souvent absente des allocations retail : les gains de productivité liés à l'IA et le leadership dans les fonderies de semi-conducteurs sont réels, mais ils ne suffisent pas à justifier un surpoids quand les valorisations atteignent des seuils critiques à court terme.
Le cas de la Chine continentale est similaire : la faiblesse de l'économie domestique et la dégradation de l'environnement de croissance ont conduit à un retour à la neutralité. Le renminbi, en revanche, reste en opinion positive — la transition vers une économie à plus forte valeur ajoutée et la résilience des exportations permettent aux autorités de privilégier l'internationalisation de la devise plutôt qu'une dévaluation compétitive.
Obligations d'État : neutralité sur les taux, préférence pour la dette émergente en devises locales
La position sur les obligations d'État est globalement neutre. Les valorisations se sont améliorées, mais la résilience de la croissance et les incertitudes sur la politique économique freinent toute conviction directionnelle forte.
Deux situations nationales méritent d'être distinguées au sein de la zone euro. L'Italie affiche une trajectoire budgétaire qui s'est améliorée sur les trois critères clés : solde primaire, trajectoire du déficit, crédibilité budgétaire. La France présente le tableau inverse : déficit et dette se dégradent, la trajectoire est jugée fragile. Schroders reste néanmoins neutre sur l'ensemble des obligations d'État de la zone euro.
Sur le Japon, la réaccélération de l'inflation associée à la progression des salaires et de la consommation devrait théoriquement donner à la Banque du Japon suffisamment de confiance pour relever ses taux. Mais la détérioration des conditions de service de la dette conduit Schroders à rester à l'écart des JGB.
La conviction positive se concentre sur la dette émergente en devises locales. Le portage reste positif et les fondamentaux s'améliorent. Schroders identifie les obligations d'État coréennes comme un surpoids privilégié : valorisations attractives, inflation domestique maîtrisée, situation budgétaire relativement solide. C'est un exemple de sélection granulaire au sein de la dette émergente, qui va à l'encontre d'une approche indicielle sur l'ensemble de la classe d'actifs.
Sur les obligations américaines indexées sur l'inflation (TIPS), l'opinion est neutre : la hausse de la Fed destinée à restaurer sa crédibilité à court terme rend difficile un positionnement directionnel tranché.
Crédit investment grade et high yield : des spreads trop serrés face aux émissions liées à l'IA
L'opinion de Schroders sur le crédit est négative, qu'il s'agisse de l'investment grade américain ou du high yield. Le raisonnement est identique dans les deux cas : les spreads sont historiquement serrés, ce qui crée un profil de rendement asymétrique défavorable à l'investisseur.
Un facteur aggravant est spécifique à ce cycle : le volume d'émissions lié aux investissements dans l'intelligence artificielle. Les grands opérateurs de centres de données (hyperscalers) diversifient leurs sources de financement, augmentant l'offre de papier crédit à des niveaux de spreads qui rémunèrent insuffisamment le risque pris.
Sur le high yield américain, la croissance reste solide mais les valorisations ne laissent aucune marge d'erreur. Une dégradation progressive des fondamentaux d'entreprises provoquerait un élargissement des spreads. Une période prolongée de taux élevés accentuerait les tensions sur le crédit à mesure que les refinancements arrivent à échéance.
Le high yield européen est ramené à neutre. Son supplément de spread et de rendement par rapport aux obligations d'entreprises américaines soutient une partie de la demande. Un point de surveillance spécifique : les stocks de gaz européens sont à leurs plus bas niveaux depuis plusieurs années, ce qui rend la dynamique énergie/inflation particulièrement sensible à l'approche de l'hiver.
Sur le crédit des marchés émergents, les fondamentaux des entreprises s'améliorent, mais les valorisations se sont tendues et la prime disponible par rapport aux entreprises comparables des marchés développés reste faible. L'opinion est négative.

Matières premières : énergie, or et cuivre soutenus par l'offre et la géopolitique
Schroders maintient une opinion positive sur les matières premières dans l'ensemble, avec des nuances par sous-catégorie.
- Pétrole : le regain de tensions au Moyen-Orient a poussé les prix à la hausse. Des facteurs compensatoires maintiennent l'équilibre du marché pour l'instant, mais les réserves stratégiques réduites limitent la capacité d'amortissement. Schroders valorise les actions de l'énergie et des mines en conséquence.
- Or : la demande des investisseurs se redresse dans un contexte de dynamiques inflationnistes persistantes. Les achats des banques centrales constituent un puissant facteur saisonnier de soutien. L'or sert également de couverture contre le risque de crédibilité de la Fed.
- Cuivre : malgré la faiblesse persistante du marché immobilier chinois, la demande structurelle reste favorable. Schroders conserve une opinion positive.
- Matières premières agricoles : le phénomène El Niño est en cours, mais la récente hausse s'explique davantage par les coûts de l'énergie et les perturbations en mer Noire que par les fondamentaux agricoles. L'offre américaine reste résiliente. Opinion neutre.
La distinction entre or et cuivre dans ce positionnement est instructive. L'or est une couverture contre un risque institutionnel (crédibilité des banques centrales). Le cuivre est un pari sur la demande structurelle industrielle et énergétique, indépendant du cycle immobilier chinois à court terme. Ces deux convictions reposent sur des logiques différentes et ne se substituent pas l'une à l'autre dans un portefeuille.
Devises : le dollar ramené à neutre, le yen et le franc suisse relevés
Le dollar américain est ramené à neutre. Deux facteurs ont motivé ce changement : les menaces d'intervention sur le yen japonais et les doutes sur la détermination de la Fed à relever suffisamment ses taux. Un dollar moins soutenu modifie mécaniquement l'attractivité relative de plusieurs classes d'actifs libellées en devises locales.
| Devise | Opinion vs USD | Facteur principal |
|---|---|---|
| Dollar américain | Neutre (ramené) | Menaces intervention yen, crédibilité Fed |
| Euro | Neutre | Croissance contrastée, hausse des investissements attendue |
| Yen japonais | Neutre (relevé) | Changement structurel : croissance nominale durable, BoJ en retard |
| Renminbi | Positif | Exportations résilientes, internationalisation privilégiée |
| Franc suisse | Neutre (relevé) | Faiblesse du dollar soutient le CHF, inflation en hausse en août |
Le relèvement du yen à neutre mérite une lecture attentive. Schroders invoque un changement structurel : la progression durable de la croissance nominale japonaise modifie la dynamique de long terme de la devise, même si la Banque du Japon reste en retard sur le cycle de resserrement mondial. Ce n'est pas un pari tactique sur une intervention de la BoJ, mais une réévaluation de la trajectoire fondamentale.
Pour le franc suisse, le ralentissement du rythme de dépréciation associé à une accélération de l'inflation en août conduit à un positionnement neutre. La récente faiblesse du dollar avait mécaniquement soutenu le CHF ; ce soutien reste présent mais moins différenciant qu'il ne l'était.
Synthèse des convictions : ce que ce positionnement dit du cycle
L'allocation de Schroders à fin septembre 2026 reflète un gestionnaire qui reste engagé sur les actifs risqués — actions et matières premières — mais qui réduit son exposition aux actifs qui rémunèrent mal le risque à ce stade du cycle : crédit à spreads serrés, tech asiatique après rattrapage, marchés émergents après forte progression.
Trois tensions structurelles dominent le tableau de bord :
- La Fed sous pression : entre crédibilité anti-inflationniste, risque pétrolier et ralentissement potentiel, la marge de manœuvre de Kevin Warsh est étroite. L'or en portefeuille est la réponse de Schroders à cette incertitude institutionnelle.
- Le crédit IA : le financement des infrastructures d'intelligence artificielle génère un flux d'émissions obligataires qui sature le marché du crédit à des niveaux de spreads insuffisants. Ce facteur est spécifique au cycle actuel et sous-estimé par les investisseurs centrés sur le seul rendement affiché.
- La divergence Europe/France : la trajectoire italienne s'améliore, celle de la France se détériore. Ce clivage au sein de la zone euro est un signal à surveiller pour les allocataires en dette souveraine européenne.
Les performances passées et les convictions exprimées ici ne préjugent pas des performances futures. Toute allocation en actions, obligations ou matières premières comporte un risque de perte en capital. La liquidité n'est pas garantie sur l'ensemble des instruments mentionnés.
Une allocation multi-actifs comme celle de Schroders suppose une lecture rigoureuse des spreads, des flux d'émission et des dynamiques de taux réels — autant d'éléments que les allocations standard en assurance vie française ne permettent pas d'exploiter pleinement, faute d'accès aux supports adaptés. Les contrats luxembourgeois offrent un univers d'investissement nettement plus large pour mettre en œuvre ce type de positionnement. Finconnexion analyse votre situation et vous oriente vers les véhicules cohérents avec vos convictions d'allocation. En savoir plus.



