Entre euphorie boursière et tensions géopolitiques, Edmond de Rothschild Asset Management décrypte une semaine riche en contrastes et en signaux ambigus pour les investisseurs.
- Euphorie masquée : les actions européennes surperforment malgré un PMI composite à 47,7, bien en deçà des attentes, révélant un biais de confirmation classique.
- Secteurs gagnants : défense (+7,5 %), utilities et IT portés par l’espoir d’un resserrement monétaire moins agressif de la BCE.
- Volatilité des taux : le 10 ans américain oscille entre 4,55 % et 4,68 %, traduisant une incertitude profonde sur l’inflation et les banques centrales.
- Approche recommandée : combiner convictions de long terme sur actions avec protections tactiques de court terme et privilégier le crédit IG.
Le 22 mai 2026, Edmond de Rothschild Asset Management publiait son flash marchés hebdomadaire avec une formulation qui résume bien l’ambivalence du moment : une douce euphorie persistante, alors même que les tensions géopolitiques n’ont jamais vraiment disparu. Le Brent a frôlé 112 $/baril avant de se stabiliser, le taux américain à 10 ans a oscillé entre 4,55 % et 4,68 % en quelques séances — autant de signaux qui exigent une lecture fine pour quiconque cherche à protéger et optimiser un patrimoine diversifié.
L’euphorie des marchés : un phénomène bien identifié, souvent mal compris
L’euphorie boursière désigne cet état où les investisseurs surpondèrent les bonnes nouvelles et minimisent les risques, propulsant les valorisations au-delà des fondamentaux. Ce n’est pas une anomalie passagère : c’est un mécanisme récurrent, documenté depuis le krach de 1929 et réactivé à chaque cycle haussier prolongé. La psychologie comportementale parle de biais de confirmation — les acteurs de marché retiennent ce qui conforte leur scénario optimiste et ignorent les signaux contraires.
Actuellement, ce phénomène se manifeste de façon particulièrement nette en Europe. Malgré un indice PMI composite de la zone euro à 47,7, son plus bas niveau depuis près de deux ans et demi et bien en deçà des 48,8 attendus, les actions européennes affichent une semaine positive. Les valeurs de défense ont bondi de l’ordre de +7,5 % sur la seule semaine du 22 mai 2026, entraînant dans leur sillage les utilities, les télécoms et l’IT. Un écart aussi marqué entre données économiques réelles et performance boursière est précisément ce qui caractérise une phase d’euphorie.
Le mécanisme est ici double — d’un côté, la perspective d’un resserrement monétaire moins agressif de la BCE réduit le taux d’actualisation des bénéfices futurs, soutenant mécaniquement les valorisations. De l’autre, chaque signal de détente — qu’il s’agisse de tankers chinois franchissant le détroit d’Ormuz avec près de 4 millions de barils ou d’espoirs d’accord entre Washington et Téhéran — alimente un regain d’appétit pour le risque, même lorsque ces signaux sont rapidement contredits par les déclarations des parties concernées.
Décryptage sectoriel : qui profite vraiment de cette accalmie relative
Toutes les classes d’actifs ne réagissent pas identiquement à ce contexte. Voici les dynamiques sectorielles les plus significatives observées dans la semaine du 22 mai 2026 :
- Actions européennes : surperformance portée par la défense, les utilities et l’IT ; environ 60 % des sociétés ont dépassé les attentes de BPA au T1.
- Actions américaines : S&P 500 +0,50 %, Russell 2000 +1,80 % grâce aux petites capitalisations cycliques — un mouvement à surveiller, car les petites valeurs surperforment parfois largement les grands indices.
- Marchés émergents : MSCI EM +0,47 % en USD, avec une Corée du Sud en hausse de 5,03 % portée par des exportations de puces en progression de 202,1 %.
- Crédit Investment Grade européen — +0,24 %, surperformant le High Yield (-0,05 %) ; les émissions IG ont atteint 35 Mds€ sur 51 tranches.
- Immobilier coté américain : +2,94 %, soutenu par le reflux partiel des rendements longs.
Côté microéconomie, la sélectivité s’impose. Nvidia a publié des résultats supérieurs aux attentes et annoncé un programme de rachat d’actions de 80 Mds$, mais le secteur technologique a tout de même connu des prises de bénéfices. À l’opposé, IBM s’est envolé après l’annonce d’un financement dans le cadre du CHIPS Act pour une fonderie de puces quantiques. En Europe, Richemont a affiché une croissance à deux chiffres en Asie, tandis qu’Elior Group a déçu avec un EBITA inférieur aux attentes et une guidance revue à la baisse.
| Zone / Indice | Performance hebdomadaire | Signal dominant |
|---|---|---|
| Actions européennes (défense) | +7,5 % | Anticipation de moins de hausses BCE |
| S&P 500 | +0,50 % | PMI manufacturier solide (55,3) |
| Russell 2000 | +1,80 % | Rebond des cycliques et des shorts |
| MSCI EM | +0,47 % (USD) | Exportations coréennes de semi-conducteurs |
| Immobilier coté US (REIT) | +2,94 % | Détente partielle du 10 ans US |

Risques inflationnistes et volatilité des taux — les signaux d’alerte à surveiller
L’euphorie ne supprime pas les risques — elle les masque temporairement. La volatilité des taux souverains représente aujourd’hui le signal d’alerte le plus lisible. Le 10 ans américain a oscillé de 13 points de base en quelques séances. Le 10 ans allemand s’est déplacé entre 3,05 % et 3,20 %. Ces amplitudes traduisent une incertitude profonde sur la trajectoire de l’inflation et la réaction des banques centrales.
Au Japon, le PIB du T1 2026 a progressé de +0,5 % en glissement trimestriel, contre +0,3 % attendu, dans un contexte de pressions salariales croissantes. La Banque du Japon envisage sérieusement de reprendre ses hausses de taux directeurs dès juin. Au Royaume-Uni, la baisse de 100 000 salariés en avril conjuguée au reflux de l’inflation a, en revanche, atténué les anticipations hawkish de la Banque d’Angleterre. Ces divergences entre banques centrales compliquent considérablement les arbitrages de portefeuille.
Face à ce tableau, les stratèges d’Edmond de Rothschild AM maintiennent un positionnement positif à moyen terme sur les actions américaines et émergentes, tout en achetant des protections à plus courte échéance pour exprimer une vigilance tactique. C’est précisément ce type d’approche — associer convictions de long terme et couvertures de court terme — qui distingue une gestion patrimoniale réfléchie d’une simple exposition passive aux indices.
Pour les allocations obligataires, le crédit Investment Grade reste préférable au High Yield dans cet environnement. Sur les actifs réels, la question du retour en grâce de certains véhicules de placement mérite attention : les SCPI, dont certains anticipent un rebond, suscitent des interrogations légitimes dans un contexte où les taux longs restent élevés. Ceux qui privilégient la diversification et la résilience de leur patrimoine dans la durée peuvent aussi chercher les fonds de private equity, classe d’actifs structurellement décorrélée des oscillations hebdomadaires des marchés cotés.



