Profits américains : d’où vient la demande ?
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L’article en bref

Les profits américains progressent depuis 1985, mais pas grâce à l’investissement productif. Selon Christophe Morel de Groupama Asset Management, la demande qui les alimente vient d’ailleurs.

  • Dans les années 1990, l’investissement dominait largement la formation des profits
  • Depuis 2000, les déficits publics et la consommation des ménages sont devenus les moteurs principaux
  • Cette boucle consommation-profit-richesse montre des signes d’essoufflement : taux d’épargne au plancher, finances publiques fragilisées
  • Deux relais émergent : l’investissement productif en IA et une possible dépréciation du dollar qui renforcerait les exportations

Depuis le milieu des années 1980, la part des profits des entreprises américaines dans le PIB n’a cessé de progresser. Pourtant, ce phénomène ne trouve pas son origine là où on l’attendrait naturellement. L’investissement productif des entreprises, contrairement à l’intuition, a plutôt reculé en proportion du PIB sur cette même période. C’est Christophe Morel, chef économiste chez Groupama Asset Management, qui met en lumière cette apparente contradiction à travers une lecture macroéconomique rigoureuse : la demande qui alimente les profits américains vient d’ailleurs.

L’équation de Kalecki-Levy : lire les profits américains autrement

Pour comprendre d’où provient réellement la profitabilité des entreprises américaines, il faut mobiliser un outil analytique peu connu du large public mais précieux pour tout investisseur cherchant à anticiper les tendances : l’identité comptable de Kalecki-Levy. Cette approche ne s’intéresse pas à la façon dont une entreprise génère ses marges, mais cherche à identifier, au niveau macroéconomique, quelle composante de la demande a rendu ces profits possibles.

Concrètement, cette grille décompose les profits selon quatre contreparties : l’investissement des entreprises elles-mêmes, la consommation des ménages, la politique budgétaire et la demande extérieure. L’analyse sur trente ans révèle des basculements nets d’une décennie à l’autre.

Dans les années 1990, l’investissement dominait largement, contribuant à hauteur de 143 % à la hausse des profits. À cette époque, les excédents budgétaires de la fin de la présidence Clinton amputaient la progression des bénéfices de l’ordre de 83 %, un contrepoids considérable. Ce modèle a ensuite volé en éclats avec l’éclatement de la bulle internet et, plus encore, avec la crise financière de 2008.

Entre 2000 et 2019, le relais a été pris par les déficits publics et la consommation des ménages. L’investissement, structurellement faible, n’a plus suffi. Ce sont les dépenses de l’État fédéral qui ont, en grande partie, soutenu la croissance des bénéfices des sociétés cotées. Pour un investisseur attentif aux dynamiques de marché persistantes malgré les tensions géopolitiques, comprendre ce mécanisme est indispensable pour ne pas se laisser surprendre par un retournement.

Période Principal moteur des profits Rôle du budget public
1990-1999 Investissement des entreprises (143 %) Excédents : frein (-83 %)
2000-2019 Déficits publics + consommation Moteur principal
2020-2025 Budget public + consommation (~50/50) Soutien fort mais contrainte croissante

La boucle consommation-profit-richesse et ses fragilités actuelles

Depuis la pandémie, les profits américains reposent à parts quasi égales sur la consommation des ménages et le soutien budgétaire. La consommation elle-même a été alimentée par trois facteurs cumulatifs : la baisse du taux d’épargne, la progression des dividendes et l’effet richesse généré par l’appréciation des actifs financiers.

Ce mécanisme forme une boucle remarquable : la consommation des ménages soutient les bénéfices des entreprises, qui poussent les valorisations boursières à la hausse, ce qui enrichit les ménages détenteurs d’actifs, lesquels consomment davantage. Un cercle auto-entretenu, mais pas nécessairement vertueux sur le long terme.

Le problème est que cette mécanique montre des signes d’essoufflement. Le taux d’épargne des ménages américains est retombé autour de 3 %, un niveau historiquement bas qui laisse peu de marge pour accélérer encore la consommation. Parallèlement, les finances publiques se heurtent à des contraintes croissantes liées au coût du refinancement de la dette fédérale. Cette double limite rend la configuration actuelle structurellement fragile.

Pour ceux qui gèrent un patrimoine diversifié comprenant des actifs financiers exposés aux États-Unis, cette fragilité n’est pas anecdotique. Elle interroge directement la soutenabilité des niveaux de valorisation actuels. Dans ce contexte, des placements décorrélés des marchés actions américains, comme les SCPI européennes accessibles avec une remise jusqu’à 4 %, méritent une attention sérieuse dans toute allocation stratégique.

Profits américains : d'où vient la demande ?

Investissement et demande extérieure : les nouveaux moteurs à surveiller

Si les deux piliers historiques (consommation des ménages et dépenses publiques) atteignent leurs limites, deux relais de profitabilité émergent pour les prochaines années.

Le premier est l’investissement des entreprises. Après des décennies de sous-investissement relatif, l’accélération des dépenses productives autour de l’intelligence artificielle, de la réindustrialisation et des infrastructures énergétiques pourrait redonner à ce facteur un rôle central dans la formation des profits. Ce basculement serait une rupture nette avec le modèle post-2008.

  • Intelligence artificielle et numérisation des processus productifs
  • Réindustrialisation portée par les politiques de relocalisation
  • Transition énergétique et investissements en infrastructures

Le second relais est la demande extérieure. Groupama Asset Management estime la surévaluation actuelle du dollar à 20 %. Une dépréciation significative de la devise américaine améliorerait mécaniquement la compétitivité-prix des exportateurs américains et élargirait leurs débouchés à l’international. Sous cet angle, la baisse du dollar n’est pas simplement possible : elle paraît inévitable à terme.

Pour un investisseur soucieux de positionner son allocation avant ces inflexions, surveiller l’évolution de l’inflation à la production constitue un indicateur avancé particulièrement pertinent. Une remontée des prix à la production américains combinée à un dollar plus faible modifierait profondément la structure des profits sectoriels.

Les stratégies de private equity axées sur les entreprises industrielles américaines en phase de réindustrialisation pourraient capter une partie de cette recomposition. Nos conseillers partenaires donnent accès à des fonds de private equity réservés habituellement aux institutionnels, avec des rendements historiquement supérieurs à 16 % par an et sans droits d’entrée. La prochaine décennie de profitabilité américaine sera différente de la précédente : ceux qui auront anticipé ce changement de modèle en seront les premiers bénéficiaires.

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