Les investissements massifs en IA et conditions financières accommodantes soutiennent les marchés actions.
- Hyperscalers américains : dépenses dépassant 820 milliards de dollars en 2025, progression de 68 % sur un an
- Secteurs porteurs : technologie, énergie, industrie et cybersécurité concentrent les gains
- Conditions favorables : spreads de crédit étroits, taux Fed stables, absence de relèvement anticipé
- Risques à surveiller : remontée express des taux et ralentissement des rendements IA pourraient inverser la tendance
- Stratégie recommandée : diversification élevée, solutions structurées et allocation non cotée pour limiter la concentration
Les dépenses d’investissement des grands hyperscalers américains ont franchi la barre des 820 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 68 % sur un an. Un chiffre qui illustre mieux que tout discours l’ampleur du pari collectif placé sur l’intelligence artificielle. Pendant ce temps, les marchés actions gravitent près de leurs plus hauts historiques, comme si les multiples zones de friction géopolitique, inflationniste et obligataire n’existaient pas vraiment. Rationnel ou irrationnel ? La question mérite d’être posée avec précision.
Marchés actions : les moteurs réels derrière la résistance des cours
La résilience affichée par les indices boursiers depuis début 2025 surprend même les observateurs aguerris. Hausse des prix de l’énergie, retour d’une inflation persistante, tensions sur les rendements obligataires longs : l’environnement macroéconomique cumule pourtant les facteurs défavorables habituels. Et pourtant, aucun signal de retournement majeur ne s’est encore matérialisé.
Claudia Panseri, chief investment officer chez UBS Wealth Management France, l’analyse dans sa lettre hebdomadaire : les indicateurs avancés conservent une orientation positive, les spreads de crédit restent étroits, et l’endettement du secteur privé demeure modéré. Autant de paramètres qui, pris ensemble, justifient des conditions financières encore accommodantes. L’absence d’anticipation de relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale cette année lève par ailleurs un frein important pour les valorisations.
Ce tableau ne doit d’un autre côté pas masquer une réalité sectorielle très contrastée. La performance se concentre sur des segments précis :
- Technologie et intelligence artificielle (semi-conducteurs, cloud, modèles de langage)
- Énergie, portée par les besoins de puissance des datacenters
- Industrie, bénéficiaire des programmes de réindustrialisation
- Cybersécurité et transition énergétique, deux thèmes à fort potentiel structurel
À l’opposé, la hausse des rendements obligataires pèse sur les valeurs défensives et la consommation courante, précisément celles que les investisseurs sollicitent en période de turbulences. Cette dispersion sectorielle n’est pas un détail : elle conditionne entièrement la construction d’un portefeuille utile pour traverser ce cycle sans subir de correction brutale.
Optimisme excessif ou rationalité fragile des marchés boursiers ?
La comparaison avec la période des dotcoms revient régulièrement dans les analyses. Mais plusieurs éléments structurels différencient la situation actuelle. Les entreprises qui portent la hausse affichent des flux de trésorerie réels et des carnets de commandes solides, contrairement aux valorisations purement spéculatives de 1999-2000. Cela n’écarte pas tout risque, loin de là.
Deux scénarios adverses méritent d’être intégrés dans toute réflexion patrimoniale sérieuse. D’abord, une remontée trop express des taux d’intérêt, qui comprimerait les multiples de valorisation et pèserait sur les bilans les plus endettés. Ensuite, un ralentissement des investissements technologiques, notamment si les rendements attendus de l’IA tardent à se concrétiser dans les comptes de résultat des entreprises utilisatrices. Pour anticiper ces inflexions, mieux vaut suivre de près la politique de la BCE, dont l’arbitrage entre inflation et croissance économique conditionne directement le niveau des taux européens.
Pour autant, UBS Europe (succursale de France) considère que le S&P 500 n’a pas encore atteint le sommet du cycle actuel. Ce positionnement tranche avec un pessimisme ambiant souvent alimenté par des cycles médiatiques courts. Une surexposition aux valeurs liées à l’IA reste pourtant déconseillée : la concentration du risque sur un seul thème, si porteur soit-il, constitue une erreur de construction classique que tout investisseur structuré doit éviter.
| Facteur de marché | Signal actuel | Impact sur les actions |
|---|---|---|
| Spreads de crédit | Étroits | Positif (conditions accommodantes) |
| Taux directeurs Fed | Stables (pas de hausse anticipée) | Positif (frein levé) |
| Rendements obligataires longs | En hausse | Négatif pour valeurs défensives |
| Investissements IA (hyperscalers) | +68 % sur un an | Positif pour tech et énergie |

Construire un portefeuille robuste face à la dispersion sectorielle
La recommandation d’UBS Europe converge vers une diversification élevée, exploitant à la fois la dispersion sectorielle, la dimension géographique et la variété des classes d’actifs. Cette approche correspond précisément à la logique d’un patrimoine structuré pour durer : ne pas sacrifier la performance sur l’autel de la prudence, mais ne pas non plus s’exposer sans filet.
Les solutions structurées occupent ici une place centrale. Elles permettent de capter une partie du potentiel de hausse des marchés tout en délimitant le risque de perte maximale. Dans un contexte de volatilité modérée et de spreads de crédit resserrés, leur coût de mise en place reste attractif. Pour aller plus loin sur ce type d’approche, les stratégies de performance absolue en marchés volatils offrent un cadre méthodologique complémentaire.
Au-delà des actions cotées, une allocation patrimoniale exhaustive intègre d’autres vecteurs de performance décorrélés. Le private equity, par exemple, affiche des rendements historiquement supérieurs à 16 % par an sur les meilleurs millésimes, avec un accès désormais facilité aux fonds réservés aux institutionnels. Une diversification réelle passe par cette dimension non cotée, souvent sous-représentée dans les portefeuilles français.
Rester lucide sur l’état des marchés ne signifie pas s’en tenir à l’écart. Identifier les thèmes porteurs, calibrer l’exposition aux secteurs cycliques, intégrer des instruments de protection et maintenir une vision de long terme : voilà ce que commande un environnement où l’optimisme ambiant coexiste avec des risques bien réels. L’IA n’est pas une bulle par définition, mais elle peut le devenir si les flux d’investissement se déconnectent durablement des fondamentaux économiques mesurables.



