Donald Trump relance la guerre commerciale
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L’article en bref. Washington redessine son cadre tarifaire en s’appuyant sur trois textes législatifs anciens, après l’invalidation de ses droits antérieurs par la Cour suprême.

  • Trois bases juridiques remplacent l’IEEPA : les sections 232, 301 et 338 offrent des fondations durables au protectionnisme américain.
  • Soixante économies visées via une enquête sur le travail forcé (10 % à 12,5 %), dont l’UE et le Canada.
  • Médicaments génériques : tarification progressive (0 % jusqu’à août 2028, puis 100 %, puis 200 %) pour forcer la relocalisation.
  • Secteurs stratégiques touchés : acier, semi-conducteurs, automobiles, avec exemptions partielles négociées.
  • Implication durable : cette recomposition redessine les chaînes mondiales et les stratégies d’allocation patrimoniale.

Le 24 juillet 2026, l’expiration du tarif temporaire de 10 % sur la majorité des importations américaines a ouvert une nouvelle séquence dans la politique commerciale de Washington. L’administration Trump n’a pas attendu pour combler le vide juridique : en quelques jours, plusieurs annonces ont redessiné le cadre tarifaire américain, touchant des dizaines de partenaires et des secteurs aussi stratégiques que les médicaments génériques, l’acier ou les semi-conducteurs.

Un changement de base juridique aux conséquences mondiales

Tout part d’une décision de la Cour suprême américaine, rendue le 20 février 2026. Les juges ont invalidé les droits de douane imposés via l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), estimant que cette loi d’urgence nationale ne conférait pas explicitement de pouvoir tarifaire à l’exécutif. Washington a donc pivoté vers trois textes législatifs plus anciens mais juridiquement solides.

La section 232 du Trade Expansion Act de 1962 permet d’invoquer la sécurité nationale. La section 301 du Trade Act de 1974 cible les pratiques commerciales jugées déloyales. Quant à la section 338 du Tariff Act de 1930, elle vise la discrimination commerciale envers les produits américains : son utilisation contre le Canada le 21 juillet constitue une première historique pour ce texte vieux de près d’un siècle.

Le Brésil a été frappé dès le 22 juillet par des droits de 25 % sur une large gamme de produits, dans le cadre d’une enquête Section 301 portant sur le commerce numérique, l’éthanol et la déforestation illégale. Le café, le bœuf et le jus d’orange restent exemptés. Le Canada, lui, fait face à des droits de 50 % sur une liste ciblée de produits, comme les crosses de hockey et le ciment, avec une entrée en vigueur prévue vers la mi-août 2026. Mark Carney, Premier ministre canadien, a dénoncé publiquement une violation de l’ACEUM (Accord Canada-États-Unis-Mexique).

Pour un investisseur cherchant à anticiper les turbulences sur les marchés financiers et la politique monétaire américaine, ces repositionnements juridiques méritent une attention distincte : ils signalent une volonté durable de protectionnisme, indépendante des aléas judiciaires.

Soixante économies dans le viseur : travail forcé et surcapacités industrielles

Deux enquêtes distinctes de l’USTR (Bureau du représentant américain au commerce) structurent désormais l’offensive tarifaire. Elles ne visent pas les mêmes pays ni les mêmes objectifs.

Enquête Périmètre Tarifs retenus Statut
Travail forcé (Section 301) 60 économies dont l’UE, le Canada, le Mexique 10 % ou 12,5 % selon conformité Finalisée fin juillet 2026
Surcapacités industrielles (Section 301) 16 économies dont Chine, UE, Japon, Inde À définir Ouverte le 11 mars 2026, en cours

Sur le volet du travail forcé, les pays disposant d’engagements existants (dont l’Union européenne, le Royaume-Uni ou l’Indonésie) se voient appliquer un taux de 10 %. Les 46 autres économies jugées non conformes font face à 12,5 %. Cette distinction nuance les grandes déclarations sur « 60 pays visés » : les mesures ne sont ni uniformes ni simultanées.

L’enquête sur les surcapacités industrielles, elle, cible surtout de grands exportateurs manufacturiers : la Chine, Taïwan, la Corée du Sud, le Vietnam ou encore le Bangladesh. Elle reste ouverte et n’a produit aucun tarif définitif à ce stade. Pour les portefeuilles exposés aux marchés émergents ou aux ETF positionnés dans un contexte de fragmentation géoéconomique, ce calendrier incertain représente un risque structurel à intégrer dès maintenant.

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Médicaments génériques, acier, semi-conducteurs : les secteurs sous pression

Les droits appliqués au titre de la section 232 restent en vigueur sur l’acier, l’aluminium, le cuivre, l’automobile et les semi-conducteurs. Des exemptions partielles ont été négociées avec l’Union européenne, le Japon, le Royaume-Uni et Taïwan, mais le cadre reste restrictif.

Le secteur pharmaceutique mérite une attention particulière. Les médicaments de marque font déjà l’objet d’un tarif de 100 % depuis le printemps 2026. Pour les génériques, voici le calendrier annoncé par Donald Trump sur son réseau Truth Social :

  1. Jusqu’au 1er août 2028 : taux de 0 %, fenêtre laissée aux fabricants pour adapter leur production
  2. Du 1er août 2028 au 1er août 2029 : taux de 100 %
  3. À partir du 1er août 2029 : taux de 200 %

Selon le Financial Times, les médicaments génériques représentent près de 90 % des prescriptions américaines, et environ 70 % sont fabriqués à l’étranger. Cette montée en charge tarifaire progressive vise explicitement à forcer une relocalisation industrielle. Les laboratoires qui s’engagent à construire des usines aux États-Unis bénéficient d’exemptions. Ceux qui sous-traitent disposent d’un délai de 180 jours contre 120 pour les grands groupes intégrés.

Face à cette recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales, les investisseurs attentifs aux rotations sectorielles et aux valeurs délaissées trouveront sans doute des opportunités dans les entreprises industrielles américaines bénéficiant de cette politique de substitution aux importations.

Anticiper les effets durables sur les stratégies d’allocation patrimoniale

Cette séquence tarifaire ne se lit pas comme un simple bras de fer diplomatique. Elle redessine des équilibres macro-économiques profonds. L’explosion de la dette publique américaine et ses implications pour les détenteurs d’obligations s’inscrivent dans ce même contexte : les recettes douanières servent aussi à justifier politiquement des déficits budgétaires croissants.

Pour un patrimoine diversifié entre actifs financiers, immobilier et placements alternatifs, la lecture correcte de ces tensions commerciales conditionne les arbitrages à venir. L’immobilier indirect, notamment via des SCPI positionnées sur un marché à deux vitesses, conserve un attrait défensif face aux turbulences des marchés actions exposés aux exportations mondiales.

À plus long terme, la multiplication des bases juridiques utilisées par Washington, de la section 338 de 1930 à la section 301 de 1974, confirme que la guerre commerciale relancée par Donald Trump repose sur des fondations législatives délibérément diversifiées. Difficile à démanteler d’un seul arrêt judiciaire. Ceux qui souhaitent positionner une partie de leur capital sur des actifs décorrélés des flux commerciaux internationaux peuvent étudier les fonds de private equity, dont les rendements supérieurs à 16 %/an offrent une alternative aux marchés cotés sous pression tarifaire.

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