L'essentiel en 30 secondes
- Fin juillet 2025, la puissance solaire cumulée chinoise (1 286 GW) a dépassé celle du charbon (1 285 GW), selon l'Administration nationale de l'énergie.
- Le charbon reste la première source de production avec 49,7 % du mix au premier semestre, contre 24,6 % pour le solaire et l'éolien réunis.
- La Chine a représenté 57 % des nouvelles capacités photovoltaïques mondiales en 2024 ; un repli de 24 % de ses installations est anticipé en 2026 par Tecsol.
- La production charbonnière a reculé de près de 2 % en 2025, première baisse en six ans, mais la construction de nouvelles centrales à charbon se poursuit.
- Capacité installée et production effective sont deux métriques distinctes : le facteur de charge du charbon reste structurellement supérieur à celui du solaire.
Fin juillet, la puissance photovoltaïque cumulée de la Chine a dépassé celle de son parc charbonnier : 1 286 GW contre 1 285 GW, selon l'Administration nationale de l'énergie. Le régulateur a officialisé la nouvelle début septembre : le solaire est devenu la première source d'énergie chinoise en capacités raccordées. Ce franchissement de seuil mérite d'être lu avec ses deux faces : la progression du renouvelable est réelle, mais elle ne change pas encore la structure profonde de la production électrique chinoise.

Expansion fulgurante du solaire depuis le début des années 2010
Pékin a engagé sa montée en puissance solaire dès le début des années 2010, en combinant investissements massifs dans l'industrie des panneaux photovoltaïques et politiques de soutien au déploiement de parcs de grande échelle. La trajectoire a été linéaire et soutenue, sans rupture notable dans la séquence d'investissement.
Le résultat est saisissant à l'échelle mondiale : la Chine dispose aujourd'hui de près de 40 fois plus de puissance solaire installée que la France. Celle-ci affichait 33,0 GW fin mars 2026, selon les données du SDES (service statistique des ministères du logement, de la construction, du transport, de l'énergie et de l'environnement). Pékin prévoit en outre d'injecter encore 298 milliards de dollars dans le secteur entre 2026 et 2030, ce qui indique que la dynamique d'investissement reste planifiée à court terme.
Entre janvier et juillet 2025, la production chinoise d'électricité issue du parc photovoltaïque a progressé de 15,5 % sur un an. Elle couvre désormais 13 % de la consommation électrique totale du pays. Ce chiffre illustre à la fois l'ampleur de l'effort accompli et la distance qui sépare encore le solaire du charbon en matière de production effective.
Cependant, cette expansion pourrait marquer le pas. Le bureau d'études Tecsol anticipe une baisse de 24 % des nouvelles installations chinoises en 2026, imputée à des changements de politique intérieure. L'effet d'entraînement sur le marché mondial est direct : Tecsol projette, dans son scénario moyen, une contraction de 8 % des installations photovoltaïques mondiales cette même année. Le recul chinois compenserait et dépasserait la croissance enregistrée dans toutes les autres régions du monde.
Domination mondiale avec 57 % des nouvelles capacités installées en 2025
En 2024, la Chine a concentré 57 % des nouvelles capacités photovoltaïques installées dans le monde, selon Tecsol. Aucun autre acteur ne s'en approche. L'Inde, passée deuxième marché national devant les États-Unis, a déployé huit fois moins de puissance que son voisin.
| Marché | Position | Données clés |
|---|---|---|
| Chine | 1er marché national | 57 % des nouvelles capacités mondiales (Tecsol) |
| Union européenne (27 États) | 2e marché (classement unique) | 67,2 GW installés, croissance annuelle +1 % (Tecsol) |
| Inde | 2e marché national | Environ 8 fois moins que la Chine (Tecsol) |
| États-Unis | 3e marché national | Dépassé par l'Inde en 2024 |
Si l'on considère l'Union européenne comme un marché unique, les 27 États membres se placent en deuxième position avec 67,2 GW installés et une croissance annuelle de 1 %, d'après les mêmes données Tecsol. La comparaison illustre à quel point le marché chinois structure à lui seul les statistiques mondiales du photovoltaïque : une décision de politique industrielle à Pékin se traduit mécaniquement par un mouvement des agrégats globaux.
Cette dépendance structurelle du marché mondial à la Chine constitue un facteur de risque pour les filières solaires des autres pays. La projection de contraction de 8 % en 2026 en est la démonstration concrète : elle n'est pas tirée par un ralentissement européen ou américain, mais par un ajustement réglementaire et politique décidé unilatéralement à Pékin.
Une transition qui réduit la part du charbon dans le mix chinois
La Chine continue de construire des centrales à charbon. Ce point est souvent occulté dans les lectures optimistes du basculement des capacités installées. La puissance charbonnière progresse encore en valeur absolue ; c'est la vitesse de croissance du solaire qui a été plus rapide, permettant au photovoltaïque de dépasser le charbon en stock cumulé.
Malgré tout, la production électrique à partir du charbon a reculé de près de 2 % en 2025, dans un contexte de demande énergétique nationale en hausse. C'est la première baisse enregistrée depuis six ans. Ce repli relatif s'explique par la montée en puissance conjointe du solaire et de l'éolien, qui absorbent une part croissante de la demande marginale.
La part du charbon dans le mix électrique chinois est passée sous la barre symbolique des 50 % au premier semestre, à 49,7 %. Par comparaison, le solaire et l'éolien réunis représentaient 24,6 % du mix sur la même période. L'écart reste très significatif : le charbon produit deux fois plus d'électricité que l'ensemble des énergies renouvelables variables.
- Le charbon représente encore 49,7 % de la production, malgré sa première baisse annuelle en six ans.
- Le solaire et l'éolien cumulés atteignent 24,6 %, soit la moitié de la part charbonnière.
- Le solaire couvre 13 % de la consommation totale sur les sept premiers mois de l'année.
- La puissance installée solaire (1 286 GW) dépasse celle du charbon (1 285 GW), mais le facteur de charge du charbon reste bien supérieur à celui du photovoltaïque.
Ce dernier point est clé pour ne pas confondre capacité installée et production réelle. Un gigawatt de charbon produit davantage d'électricité qu'un gigawatt de solaire, car les centrales thermiques fonctionnent en continu, tandis que les panneaux photovoltaïques ne produisent qu'en présence de rayonnement solaire et avec des coefficients de charge bien inférieurs. En Chine, le facteur de charge du parc charbon reste structurellement plus élevé que celui du parc solaire.
La Chine a pris deux engagements climatiques : atteindre le pic de ses émissions de gaz à effet de serre avant 2030, puis la neutralité carbone avant 2060. Ces objectifs imposent une trajectoire de décarbonation progressive, mais ils n'impliquent pas l'abandon immédiat du charbon. Pékin arbitre entre sécurité d'approvisionnement, coût de production et contraintes climatiques internationales. Le basculement des capacités installées en faveur du solaire est une étape sur cette trajectoire, non un point d'arrivée.

Ce que ce basculement ne dit pas
La nouvelle selon laquelle la Chine dispose de plus de capacités solaires que charbonnières est factuelle et historiquement inédite. Elle témoigne d'un effort d'investissement sans équivalent mondial. Pour autant, trois réalités méritent d'être maintenues en ligne de mire.
- La production effective : le charbon génère encore la majorité de l'électricité chinoise, loin devant le solaire.
- Le facteur de charge : une capacité solaire n'est pas équivalente à une capacité thermique en termes de kilowattheures produits annuellement.
- Les nouvelles constructions : la Chine continue d'autoriser et de construire des centrales à charbon, ce qui pèsera sur les émissions futures.
- Le risque de décélération : Tecsol anticipe une chute de 24 % des installations en 2026, sous l'effet de changements réglementaires, ce qui pourrait temporairement ralentir la convergence.
Pour les investisseurs qui suivent les marchés de l'énergie et les thèses d'investissement liées à la transition énergétique, ce contexte rappelle que les indicateurs de capacités installées doivent systématiquement être croisés avec les données de production et les facteurs de charge. Un chiffre brut de puissance raccordée ne préjuge pas de la réalité des flux d'électricité ni, a fortiori, de la trajectoire des émissions.



