Marchés américains : emploi faible, taux longs résistants
Salle des marchés de la Bourse de New York avec écrans de cotation

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Table des matières

L'essentiel en 30 secondes

  • Septembre a produit seulement 29 000 créations d'emplois aux États-Unis, contre 90 000 attendues ; le taux de chômage remonte à 4,2 %.
  • Le taux américain à 10 ans reste autour de 5,30 % malgré le ralentissement du marché du travail : ce découplage est le signal central de la semaine.
  • Les anticipations de hausse de taux de la Fed en octobre sont tombées à 20 %, contre plus de 60 % une semaine plus tôt.
  • La mauvaise réputation d'octobre en Bourse s'explique davantage par un biais comportemental lié aux publications de résultats que par les krachs de 1929 et 1987.
  • Dans un contexte de taux élevés, la sélection des supports (SCPI, private equity, structurés) sur des critères rigoureux — TRI, TOF, frais réels — devient déterminante.

En septembre, l'économie américaine n'a créé que 29 000 emplois, très loin des 90 000 attendus. Pourtant, le taux à 10 ans américain évolue encore autour de 5,30 %. Ce découplage entre ralentissement du marché du travail et résistance des taux longs dessine un environnement de marché particulièrement exigeant pour les allocations d'actifs.

Rapport sur l'emploi américain posé sur un bureau avec stylo
Illustration générée par IA

Emploi américain en septembre : 29 000 créations, bien en deçà des attentes

Le rapport sur l'emploi américain publié vendredi dernier a surpris à la baisse. L'économie n'a généré que 29 000 créations nettes de postes en septembre, contre environ 90 000 anticipées par le consensus. Les chiffres des deux mois précédents ont en outre été révisés à la baisse. Le taux de chômage remonte à 4,2 % et la progression des salaires se limite à 0,1 % sur le mois, soit 3 % sur un an.

Ce rapport confirme un ralentissement progressif du marché du travail. Il ne signale pas pour autant une rupture économique franche. La nuance est importante : les marchés ont immédiatement réduit leurs anticipations de nouvelle hausse de taux de la Fed en octobre, tombées à environ 20 %, contre plus de 60 % la semaine précédente.

Les segments les plus sensibles aux taux ont logiquement réagi positivement : les small caps et les valeurs immobilières ont bénéficié de ce recalibrage des attentes. La performance hebdomadaire des grands indices reste néanmoins contrastée : le Nasdaq Composite progresse d'environ 0,5 % sur la semaine, le S&P 500 recule de 0,3 % et le Dow Jones cède 1,3 %.

Le paradoxe structurel demeure entier : malgré le ralentissement de l'emploi, le taux à 10 ans américain stationne autour de 5,30 % et le 30 ans reste à des niveaux historiquement élevés. La Fed se retrouve face à une économie qui décélère, mais avec une inflation et des taux longs qui limitent sa marge de manœuvre. Cette configuration pénalise les actifs à duration longue et complique tout arbitrage entre classes d'actifs.

Agenda de la semaine : minutes de la Fed, PepsiCo et Delta Air Lines

Le calendrier macroéconomique de cette semaine est sensiblement plus léger. Trois publications méritent l'attention des investisseurs.

  • Mercredi — minutes de la Fed : la réunion concernée avait abouti à une hausse de 25 points de base portant les taux à 3,75 %-4 %. Les minutes permettront de cerner jusqu'où le FOMC est prêt à aller si le marché du travail continue de se détendre.
  • Jeudi — PepsiCo : les résultats du groupe seront scrutés sous l'angle de la capacité à maintenir les prix (pricing power) face à la compression des volumes, et de l'évolution des marges opérationnelles.
  • Vendredi — Delta Air Lines et Université du Michigan : Delta fournira des indications sur la demande de voyage, les recettes unitaires et l'impact du coût du carburant. L'indice de confiance des consommateurs de l'Université du Michigan complétera le tableau sur la solidité de la demande finale.

Du côté microéconomique, Applied Digital sera également à surveiller en début de semaine, dans le contexte des investissements massifs dans les infrastructures nécessaires à l'intelligence artificielle et aux data centers. Constellation Brands, Lamb Weston, RPM International et Levi Strauss compléteront la séquence de résultats.

Octobre en Bourse : la mauvaise réputation expliquée par la dynamique des résultats

La réputation défavorable d'octobre en Bourse est souvent attribuée aux krachs de 1929 et 1987. Une étude récente suggère une explication plus systémique, liée au calendrier des publications de résultats.

Janvier, avril, juillet et octobre concentrent les publications trimestrielles des grandes entreprises américaines. Ces mois livrent une vision relativement complète de la santé économique et peuvent déclencher des mouvements significatifs. Les chercheurs identifient un phénomène de surréaction : lorsque les premiers résultats donnent une direction au marché, les investisseurs prolongent ce mouvement dans les semaines suivantes, alors même que les publications suivantes apportent moins d'informations nouvelles. Cette dérive est ensuite partiellement corrigée au début du trimestre suivant.

Concrètement, la performance du premier mois d'un trimestre tend à être négativement corrélée à celle du deuxième mois du trimestre précédent. Le S&P 500 a progressé de 2,6 % en août, contre une moyenne mensuelle historique proche de 0,7 %. Si la relation historique se maintient, octobre en subit mécaniquement la correction.

L'enseignement ne porte pas sur le market timing : il n'y a aucune raison de liquider des positions en octobre sur cette seule base statistique. Il porte sur la structure des comportements d'investisseurs : le marché ne réagit pas uniquement aux fondamentaux, mais aussi à la manière dont l'information est interprétée — et surinterprétée. Pour un gestionnaire de patrimoine, c'est un rappel utile que la volatilité d'octobre reflète souvent plus un biais comportemental collectif qu'une dégradation réelle des perspectives économiques.

Conseiller patrimonial présentant une allocation d'actifs à son client
Illustration générée par IA

Taux longs et signaux divergents : ce que l'investisseur patrimonial doit retenir

Le taux américain à 10 ans a franchi le seuil de 5 % — un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis 2007. En France, l'OAT à 10 ans flirte avec les 5 %, avec un spread par rapport au Bund supérieur à 150 points de base. La Banque de France a publiquement alerté sur la trajectoire de la dette publique française dans ce contexte. L'OAT à 10 ans a progressé de 1,13 point en trois mois, la plus forte hausse depuis 1987.

Ces signaux ont des implications directes pour les allocations patrimoniales. Quand l'argent redevient cher, la sélection des véhicules d'investissement redevient déterminante. Plusieurs dynamiques sont à surveiller simultanément :

  • Les actifs à duration longue (obligations, foncières cotées, SCPI à prix élevé) subissent une pression directe sur leur valorisation.
  • Les produits structurés indexés sur des indices à décrément amplifient mécaniquement la perte de valeur dans un contexte de taux élevés — le décrément ampute le rendement sans que l'investisseur en mesure toujours l'effet réel.
  • La diversification par zones géographiques et classes d'actifs retrouve une utilité concrète lorsque les corrélations entre actions et obligations remontent simultanément.
  • Les formats Evergreen et ELTIF, dont la liquidité est structurellement contrainte, exposent davantage l'investisseur dans un environnement où les arbitrages entre classes d'actifs sont fréquents.

Sur le segment actions, la rotation sectorielle est lisible : le luxe illustre bien le phénomène de dérating. LVMH affiche une baisse de 58 % depuis son sommet historique. La compression des valorisations dans les secteurs qui avaient bénéficié d'un contexte de taux bas n'est pas terminée tant que les taux longs restent à ces niveaux.

En Europe, la croissance française reste en retrait par rapport à ses partenaires selon les projections de Bruxelles et de l'OCDE. Le risque politique intérieur s'ajoute à la pression sur les finances publiques, ce qui pèse sur le spread OAT-Bund. Pour un patrimoine exposé à l'immobilier papier ou aux obligations souveraines françaises, la vigilance sur la qualité du sous-jacent et la liquidité du véhicule s'impose.

Sélection de supports : ne pas confondre rendement affiché et rendement réel

Dans un environnement où les taux sans risque repassent durablement au-dessus de 4 %, la prime de risque exigée sur les actifs alternatifs doit être reconsidérée. Plusieurs erreurs de lecture sont fréquentes.

Support Signal d'alerte fréquent Indicateur à vérifier
SCPI Taux de distribution élevé sur fonds récent TRI long terme, TOF, report à nouveau, track record du gestionnaire
Produit structuré Rendement conditionnel attractif Indice sous-jacent (décrément ?), barrière de protection réelle, frais totaux
Private equity Evergreen/ELTIF Performance affichée nette séduisante Conditions de rachat, fenêtres de liquidité, frais réels de la chaîne
Assurance vie française Large choix de supports affiché Présence de fonds en déshérence, rétrocessions, plafond UC effectif

Sur les SCPI accessibles aux investisseurs patrimoniaux, la sélection sur le seul taux de distribution reste une erreur méthodologique. Le taux de distribution 2023 ou 2024 d'une SCPI récente est largement influencé par l'effet mécanique de la période de constitution du portefeuille — et par d'éventuels lissages via le report à nouveau. Le TRI sur dix ans, le taux d'occupation financier et la qualité du gestionnaire sont les bons critères.

Sur le private equity accessible aux particuliers, les formats Evergreen ont structurellement tendance à pénaliser la performance nette par rapport à des fonds fermés classiques, en raison des coûts de gestion de la liquidité et des frais supplémentaires de la structure ouverte. Un rendement élevé annoncé par un fonds récent est un signal d'alerte, pas un argument de souscription.

Pour l'assurance vie, la comparaison entre contrats français et luxembourgeois prend tout son sens dans ce contexte : le triangle de sécurité luxembourgeois, le super-privilège accordé aux assurés et l'accès à un univers de supports nettement plus large constituent des avantages structurels que la pression sur les taux longs rend encore plus pertinents à évaluer.

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