L'essentiel en 30 secondes
- Varenne Capital maintient son exposition à la tech américaine en 2026, avec des rotations partielles sur les valorisations jugées excessives.
- Micron est cité comme cas d'école : position de quasi-monopole sur la RAM HBM, PE à 2 ans de 5, titre multiplié par 11 depuis janvier 2025 — avec une volatilité assumée.
- Les positions *short* portent sur la consommation européenne et les utilities américaines ; le luxe est exclu à ce stade.
- Varenne Global est présenté comme le fonds le plus adapté à l'environnement actuel : totalement investi, avec couvertures intégrées contre les chocs exogènes.
- Varenne Conviction et Varenne Long Short atteignent trois ans en décembre 2026, seuil minimal pour disposer d'un track record exploitable.
David Mellul, Directeur Général de Varenne Capital Partners, a pris la parole lors de Patrimonia 2026 pour défendre des positions tranchées : la tech américaine reste le principal foyer d'opportunités, les valorisations IA ne constituent pas une bulle, et le moteur short a prouvé son utilité dans chaque phase de stress depuis le début de l'année. Voici les éléments factuels de son intervention, décortiqués à l'usage des conseillers en gestion de patrimoine.
Bilan des convictions 2026 : la tech américaine comme moteur de performance
La conviction centrale affichée en début d'année par Varenne Capital Partners tenait en un axe : la tech américaine comme principal foyer d'opportunités. À date de l'intervention de David Mellul à Patrimonia 2026, ce positionnement a tenu.
Le gérant rappelle que sur les exercices 2023, 2024 et 2025, la tech américaine a été à la fois le principal moteur de performance des marchés et le principal facteur de risque à surveiller. En 2026, la donne n'a pas changé. La performance des fonds de la gamme a été portée par cette exposition.
Varenne Capital indique avoir sorti certaines valeurs dont les valorisations étaient devenues excessives, tout en maintenant des positions sur des dossiers qu'il qualifie de « très belles histoires à venir ». La sélectivité au sein de la thématique tech est donc le fil conducteur, pas une exposition indicielle aveugle.
Pour un CGP qui construit une allocation actions, cet angle mérite attention : une surexposition à la tech américaine via un ETF monde, par exemple, n'offre ni la sélectivité ni le coussin short que revendique Varenne. La performance passée ne préjuge pas des performances futures, et le risque de perte en capital reste entier sur cette classe d'actifs. Les stratégies actions disponibles via une sélection indépendante permettent d'évaluer ces différences de construction de portefeuille.

IA et Micron : les valorisations sont-elles justifiées ?
Le sujet de bulle sur les valeurs d'intelligence artificielle revient dans chaque conférence de place. David Mellul l'évacue, au moins pour l'horizon actuel, en s'appuyant sur des données concrètes.
L'argument avancé est fondamental, pas thématique : des entreprises affichent des taux de croissance à trois chiffres, sans compression de marges, avec des révisions de perspectives systématiquement à la hausse, y compris pour 2027 lors de la saison de publications de juillet 2026.
Le cas Micron est détaillé. Cette société américaine produit de la mémoire, notamment de la RAM dite HBM (High Bandwidth Memory), indispensable aux infrastructures IA. Trois acteurs seulement maîtrisent cette production à l'échelle industrielle : deux Sud-Coréens et Micron. Ce goulot d'étranglement structurel dans la chaîne de valeur de l'IA est au cœur de la thèse d'investissement.
Depuis le 1er janvier 2025, le titre Micron a été multiplié par 11. Un chiffre qui embarque de la volatilité, comme David Mellul le reconnaît lui-même. Mais le gérant ramène la discussion au price earning à deux ans : il s'établit à 5, un niveau qu'il qualifie de légitime au regard de la trajectoire de croissance attendue.
Ce raisonnement mérite d'être lu avec rigueur. Un PE à 2 ans de 5 sur une valeur cyclique comme Micron suppose que les prévisions de bénéfices se matérialisent effectivement. Or, la mémoire est historiquement un secteur à forte cyclicité. La thèse est cohérente tant que les capacités de traitement IA progressent sans rupture de demande. Si la séquence se grippe, la valorisation peut se retourner vite. Le risque de perte en capital est ici particulièrement tangible.
Positions vendeuses : consommation européenne et utilities américaines
Sans nommer les titres, David Mellul donne les secteurs dans lesquels Varenne Capital concentre ses positions short actuelles.
- Consommation européenne : identifiée comme présentant des inefficiences exploitables à la vente.
- Utilities américaines : positionnées à la vente malgré leur statut défensif habituel.
- Le luxe est explicitement exclu des positions vendeuses à ce stade.
La répartition géographique du livre short est précisée : environ 50 à 55 % d'exposition vendeuse sur les marchés américains, pour 60 % d'exposition longue sur ce même marché. La construction n'est donc pas neutre en termes directionnels sur les États-Unis.
La logique de construction revendiquée diffère de celle de fonds qui ajustent leur exposition longue pour gérer la volatilité. Chez Varenne, le capital long est déployé en permanence sur les opportunités identifiées. Ce sont les autres moteurs — dont le short — qui assurent l'amortissement lors des phases de correction ou de stress. Le moteur short est décrit comme ayant « très bien fonctionné » dans toutes les phases de baisse observées depuis le début de l'année 2026.
Ce type de construction est utile à connaître pour un CGP qui évalue des fonds actions dans le cadre d'une assurance vie luxembourgeoise : la volatilité apparente d'un fonds long-short ne reflète pas le risque global du portefeuille de la même façon qu'un fonds actions pur.

La gamme Varenne Capital en 2026 : quatre fonds, deux nouveaux venus
Varenne Capital Partners gérait 2,5 milliards d'euros au moment de Patrimonia 2026. La distribution s'est construite historiquement via les CGP français, que David Mellul cite comme partenaires fondamentaux de ce développement.
| Fonds | Caractéristique principale | Exposition nette cible |
|---|---|---|
| Varenne Valeur | Fonds historique, ancré dans la gamme UCITS | Entre 66 % et 75 % (75 % à date) |
| Varenne Global | Construit comme Varenne Valeur, mais totalement investi | 100 % — avec stratégies de couverture intégrées |
| Varenne Conviction | Fonds lancé récemment, 3 ans en décembre 2026 | Non précisé dans l'intervention |
| Varenne Long Short | Fonds dédié aux stratégies vendeuses, 3 ans en décembre 2026 | Non précisé dans l'intervention |
David Mellul met explicitement en avant Varenne Global comme le fonds le plus adapté à l'environnement actuel. L'argument : Varenne Capital affiche un optimisme raisonnable sur la séquence de marché à venir. Un fonds totalement investi, assorti de stratégies de décorrélation et de couverture contre les chocs exogènes, est jugé cohérent avec ce scénario.
Varenne Conviction et Varenne Long Short atteignent leurs trois ans en décembre 2026. Ce cap est important : c'est à partir de trois ans d'historique réel que la majorité des analyses de track record deviennent robustes. Avant ce délai, un rendement affiché par un fonds récent reste un signal à interpréter avec prudence, quelle que soit la maison de gestion.
Deux nouveaux membres ont rejoint l'équipe commerciale : Stanislas de Meezemaker et Victor Martin. Quentin Richard assure le développement, David Wierzba en est le directeur. Patrimonia 2026 marque la 13e participation consécutive de la société à ce salon depuis 2014.
Ce que cette présentation révèle sur la construction d'un portefeuille actions
Au-delà des convictions sectorielles, l'intervention de David Mellul soulève deux questions de fond pour un CGP qui intègre ce type de fonds dans un portefeuille client.
La concentration sectorielle, un risque documenté
Une performance portée par la tech américaine sur trois exercices consécutifs n'est pas un argument en faveur du fonds : c'est une description du marché. La valeur ajoutée d'un gérant actif se mesure à sa capacité à sortir des positions avant le retournement, et à identifier des relais de croissance qui ne soient pas des doublons du marché. La rotation partielle des positions tech évoquée par Mellul va dans ce sens, mais sans données précises sur les dates de cession et les niveaux de valorisation de sortie, l'affirmation ne peut pas être vérifiée.
La liquidité des stratégies long-short : un point de vigilance
Les fonds UCITS proposés par Varenne offrent une liquidité quotidienne. Ce cadre est rassurant sur le papier. Mais la performance réelle d'une stratégie short dépend de la profondeur des marchés sur lesquels les positions vendeuses sont prises. Sur des valeurs mid-cap européennes ou des utilities américaines moins liquides, le coût de portage et les risques de short squeeze peuvent éroder le rendement net. Ces paramètres ne figurent pas dans les DIC et sont rarement évoqués lors des présentations commerciales.
Pour un investisseur qui souhaite combiner une exposition actions gérée activement avec d'autres classes d'actifs — SCPI pour la composante immobilière ou private equity pour la prime d'illiquidité — la compréhension précise des mécanismes de couverture d'un fonds comme Varenne Global reste indispensable avant toute décision d'allocation.
Le PE à 2 ans comme critère de valorisation : ses limites
David Mellul cite un PE à deux ans de 5 pour Micron pour écarter l'hypothèse de bulle. Ce ratio est pertinent dans un régime de croissance soutenue et prévisible. Il devient fragile dès que les estimations de bénéfices à deux ans sont révisées à la baisse — ce qui est fréquent dans les secteurs à forte cyclicité comme la mémoire semiconducteur. L'analyste doit donc surveiller l'évolution du consensus trimestriel sur les BPA de Micron pour valider ou invalider cette thèse en continu.



