La France enregistre 70 077 défaillances d’entreprises en douze mois, un niveau inédit depuis les années 1990, traduisant une fragilisation structurelle durable du tissu entrepreneurial.
- 36 636 procédures collectives ouvertes au S1 2026 (+4,1 %), dépassant largement le niveau pré-Covid et exposant plus de 106 000 emplois
- Construction en tête avec 14 607 défaillances, suivie par l’agriculture (+17,2 %) et l’industrie manufacturière (+17 %)
- Microentreprises fragilisées : elles concentrent près des trois quarts des défauts, tandis que les PME de 10 à 19 salariés dérapent de 13 %
- 42 % des dirigeants subissent une baisse de chiffre d’affaires due aux tensions géopolitiques et l’inflation persistante
- Intervention précoce décisive : 70 % des cas trouvent une solution quand les entreprises saisissent tôt les tribunaux
70 077 défaillances d’entreprises sur douze mois glissants à fin mai 2026 : la France tutoie des niveaux qu’elle n’avait plus connus depuis le début des années 1990. Le léger recul enregistré en mai ne suffit pas à infléchir une tendance de fond qui s’installe durablement dans le paysage économique français. Pour tout observateur attentif aux signaux macroéconomiques, ce chiffre mérite une analyse rigoureuse, bien au-delà du simple bulletin statistique mensuel.
Un premier semestre 2026 historique pour les faillites d’entreprises
Entre janvier et juin 2026, 36 636 procédures collectives ont été ouvertes, contre 35 195 sur la même période en 2025, soit une progression de 4,1 %. Plus significatif encore : ce niveau dépasse largement le premier semestre 2019, qui comptabilisait 26 784 procédures. Autrement dit, même avant la parenthèse du Covid et ses filets de sécurité artificiels, jamais la France n’avait enregistré autant de défauts en si peu de temps.
Ces procédures couvrent les sauvegardes, les redressements judiciaires et les liquidations. Plus de 106 000 emplois se trouvent directement exposés sur ce seul semestre. Pour les décideurs qui cherchent à anticiper les mouvements de marché, ce chiffre traduit une fragilisation structurelle du tissu entrepreneurial, pas un simple accident conjoncturel.
La Banque de France confirme que le total glissant sur douze mois reste supérieur aux niveaux d’avant-crise sanitaire. En mars dernier, le groupe BPCE avait déjà projeté 69 000 défaillances pour l’année 2026, dépassant le record de 68 500 établi en 2025. José Bardaji, directeur des études et de la prospective de BPCE, pointait alors une croissance mesurée, proche de 1 %, combinée aux derniers remboursements de la dette Covid et à des incertitudes géopolitiques persistantes.
| Période | Procédures collectives | Variation annuelle |
|---|---|---|
| S1 2019 | 26 784 | Référence pré-Covid |
| S1 2025 | 35 195 | +31,4 % vs 2019 |
| S1 2026 | 36 636 | +4,1 % vs 2025 |
Secteurs exposés, TPE fragilisées : anatomie des faillites françaises
La construction reste le secteur le plus sinistré avec 14 607 défaillances recensées, malgré un léger recul en mai qui explique en partie la baisse du total glissant. Les transports et l’entreposage contribuent aussi à ce repli technique. Mais la photographie sectorielle globale reste préoccupante.
Les hausses les plus marquées en variation annuelle concernent l’agriculture (+17,2 %) et les activités d’enseignement, de santé et d’action sociale (+16,1 %). Ces deux secteurs, traditionnellement perçus comme défensifs, voient leur nombre de défauts progresser à une vitesse qui interpelle. L’industrie manufacturière, elle, avait enregistré une hausse de 17 % dès le troisième trimestre 2025 selon Altares, avec des pics spectaculaires en métallurgie-mécanique (+54 %).
Du côté des entreprises par taille, la vulnérabilité des microentreprises reste massive. Les structures de moins de trois salariés concentraient déjà près des trois quarts des défauts au T3 2025. Les PME de 10 à 19 salariés ont dérappé de 13 % sur cette même période. Ces chiffres invitent à reconsidérer les stratégies d’allocation pour quiconque expose une partie de son patrimoine au private equity français dans un contexte de repli du marché.
- Construction : 14 607 défaillances, secteur le plus touché en volume
- Agriculture : +17,2 % en variation annuelle, hausse la plus forte
- Industrie manufacturière : +17 % au T3 2025, métallurgie en tête
- Services aux entreprises : +9 %, nettoyage et sécurité fortement impactés
- PME de 10 à 19 salariés : +13 %, signal d’élargissement de la crise vers les structures intermédiaires
L’AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés) a versé 1,7 milliard d’euros depuis début 2025 pour couvrir les salaires dans les entreprises défaillantes, en hausse de 5,7 %. Les procédures collectives d’entreprises industrielles de plus de 50 salariés ont, elles, bondi de 75 % entre 2024 et 2025.

Facteurs macroéconomiques et réponses politiques face aux faillites
Le conflit au Moyen-Orient pèse directement sur les entreprises françaises. Selon une enquête OpinionWay pour CCI France et La Tribune, 42 % des dirigeants déclarent subir une baisse de chiffre d’affaires liée aux tensions géopolitiques. Dans l’industrie et le commerce, ce taux monte à 49 %. Le prix des matières premières constitue le premier sujet d’inquiétude pour 53 % des entrepreneurs interrogés.
Cette pression inflationniste persistante rend les arbitrages financiers plus complexes. Pour les investisseurs soucieux de préserver leur capital dans ce cycle, les stratégies adaptées aux taux élevés face à la stagflation méritent une attention particulière. Le moral des dirigeants s’érode : l’indicateur global d’optimisme chute de 7 points en mai 2026 pour tomber à 55 points, et seuls 9 % d’entre eux se déclarent confiants pour l’économie française à douze mois.
Face à ce tableau, le gouvernement a présenté une Charte de confiance portée par Serge Papin, ministre des PME. L’objectif : intervenir dès le premier signal faible (retard de dépôt des comptes, impayés bancaires ou fiscaux) plutôt qu’attendre la mise en cessation de paiements. Jean-Luc Moya, médiateur du crédit dans le Var, résume l’enjeu avec précision : quand les entreprises saisissent suffisamment tôt les tribunaux, 70 % des cas trouvent une solution ; en cas d’intervention tardive, le ratio s’inverse.
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a souligné une situation très inégalitaire dans les délais de paiement, les grandes entreprises s’avérant de moins bons payeurs que les PME. Le gouvernement envisage de déplafonner les amendes infligées aux mauvais payeurs, aujourd’hui limitées à 2 millions d’euros. Pour les investisseurs exposés au crédit corporate, ces dynamiques renforcent l’intérêt des stratégies défensives sur les obligations Fallen Angels.
Dans ce contexte de tension généralisée, diversifier vers des actifs réels comme les SCPI, qui offrent une exposition immobilière décorrélée du risque de défaut des PME, constitue une piste concrète pour préserver la valeur d’un patrimoine diversifié face aux turbulences économiques de 2026.



