Le baromètre Altaprofits-Ifop 2026 révèle un paradoxe majeur : les Français épargnent régulièrement mais restent frilosés face au risque.
- 75 % des épargnants privilégient les livrets réglementés, fuyant l’incertitude géopolitique et économique
- L’assurance vie progresse (27 %), mais vers des unités de compte défensives plutôt que risquées
- Aversion au risque record : seulement 3 % acceptent un couple risque/rendement élevé, en baisse de 3 points
- 13 % conservent leur épargne en compte courant, une position d’attentisme coûteuse en rendement réel
- Défense nationale : seuls 30 % des Français prêts à investir dans des produits liés au réarmement
Le baromètre Altaprofits-Ifop 2026, publié le 4 juin et réalisé auprès de 2 412 personnes représentatives de la population française, dresse un portrait saisissant : 8 épargnants sur 10 déclarent alimenter régulièrement leurs placements, et 37 % d’entre eux le font au moins une fois par mois. Pourtant, derrière ces chiffres flatteurs se cache une réalité bien plus nuancée. L’épargne française bat des records de collecte tout en exprimant une frilosité historique. Ce paradoxe mérite qu’on l’examine sous toutes ses coutures.
Une aversion au risque qui s’ancre dans la durée
L’enquête Ifop, conduite du 30 mars au 8 avril 2026, soit trois jours après un point bas des marchés financiers, s’inscrit dans un contexte particulièrement chargé. La guerre en Iran, la flambée des cours du pétrole, les craintes de récession et l’approche des présidentielles de 2027 ont pesé sur le moral des épargnants. Sans oublier la suspension de la réforme des retraites, qui brouille les horizons de planification patrimoniale à long terme.
Dans cet environnement, les arbitrages sont sans appel. 75 % des sondés privilegient les livrets réglementés, très largement en tête. L’assurance vie arrive en deuxième position avec 27 % des sondés, en progression de trois points sur un an, mais reste distancée. Le PER rassemble 14 % des épargnants, le PEA 13 %, et les SCPI une proportion anecdotique de 2 %.
Plus révélateur encore : la proportion de Français conservant leur épargne sur compte courant a progressé de 8 points depuis 2023, atteignant 13 % en 2026. Catherine Baudeneau, directrice marketing offre et communication d’Altaprofits, interprète ce chiffre comme « une position d’attentisme face à l’incertitude ». Un attentisme qui coûte cher en rendement réel, surtout lorsque l’inflation érode silencieusement le pouvoir d’achat de cette épargne dormante.
Seulement 18 % des épargnants acceptent de s’aventurer sur des placements un peu plus risqués pour obtenir un meilleur rendement. Et la part de ceux qui tolèrent un couple risque/rendement encore plus élevé a reculé de 3 points par rapport à 2023, pour ne représenter plus que 3 % du panel. Les régions les plus enclines à prendre du risque restent logiquement celles où les revenus disponibles sont les plus élevés : l’Île-de-France (6 %), les Pays de la Loire (6 %) et Auvergne-Rhône-Alpes (5 %).
La collecte en assurance vie : un trompe-l’oeil structurel
Les statistiques de collecte en assurance vie semblent contredire ce tableau défensif. Les unités de compte ont contribué à hauteur de 3,6 milliards d’euros à la collecte nette d’avril, contre seulement 1,6 milliard pour les fonds euros. Un renversement spectaculaire qui pourrait laisser croire à une appétence croissante pour le risque. Il n’en est rien.
Comme le souligne Catherine Baudeneau : « Les UC les plus sélectionnées sont très défensives, majoritairement portées sur le monétaire, l’obligataire et les produits structurés à capital garanti. » Autrement dit, les épargnants migrent vers les unités de compte non pas pour s’exposer aux marchés actions, mais pour fuir la faiblesse des fonds euros tout en maintenant leurs garde-fous. Le glissement du Livret A, dont le taux suit la baisse de l’inflation, n’a pas suffi à pousser les ménages vers des placements plus dynamiques.
Pour ceux qui souhaitent optimiser leur contrat d’assurance vie en bénéficiant d’une allocation réellement performante tout en restant protégés des risques réglementaires, notamment ceux liés à la loi Sapin 2, des solutions existent bien au-delà des grandes enseignes bancaires traditionnelles. La sélection des unités de compte et leur pilotage actif font toute la différence sur la durée.
Dans un contexte où les marchés résistants face au risque stagflationniste offrent des opportunités ciblées, rester cantonné au monétaire revient à accepter une sous-performance structurelle. Le tableau ci-dessous illustre les arbitrages types observés dans les portefeuilles défensifs en 2026 :
| Type d’UC privilégiée | Profil de risque | Rendement potentiel |
|---|---|---|
| Fonds monétaires | Très faible | 2,5 % – 3,5 % |
| Obligataires court terme | Faible | 3 % – 4,5 % |
| Produits structurés à capital garanti | Modéré/faible | 4 % – 6 % |
| Actions diversifiées | Élevé | 6 % – 10 %+ |

Défense nationale : l’épargne citoyenne n’a pas répondu à l’appel
Le contexte géopolitique n’a pas suffi à créer un élan d’investissement vers la thématique de la défense. Malgré les incitations politiques répétées, seuls 30 % des sondés se déclarent prêts à orienter leur épargne vers des produits dédiés au réarmement. Les réticences tiennent d’abord à des convictions personnelles, politiques, éthiques ou morales pour 44 % des répondants, avant d’être d’ordre financier (40 %).
Un quart des Français estime d’ailleurs que le financement de la défense nationale doit relever exclusivement de l’impôt, pas de l’épargne privée. Le fonds Bpifrance Défense SLP, véhicule de type ELTIF axé sur le non coté avec une période de blocage de cinq ans et sans rendement garanti, ne convainc que 3 citoyens sur 10. Structure illiquide, risque élevé, horizon contraint : les obstacles s’accumulent.
Pour les patrimoines cherchant à aller au-delà des placements défensifs classiques sans pour autant s’exposer aux aléas du non coté contraint, les stratégies de performance absolue en marchés volatils offrent une alternative structurée et lisible. L’objectif : décorréler le portefeuille des indices tout en maintenant une liquidité satisfaisante.
À ce titre, des classes d’actifs comme le private equity méritent une attention particulière pour les investisseurs avertis. Les rendements peuvent dépasser 16 % par an sur les meilleures millésimes, avec un accès à des fonds habituellement réservés aux institutionnels. Une voie exigeante, mais cohérente pour qui refuse de laisser son patrimoine stagner dans l’attentisme général que décrit si bien le baromètre 2026.



