L'essentiel en 30 secondes
- Les OPCI grand public affichent +0,04 % au 30 juin 2026 selon l'ASPIM-IEIF, après un 1er trimestre à -0,11 %.
- La décollecte nette est passée de 273,7 M€ au 1T à 63 M€ au 2T 2026, réduisant la pression de cession sur les actifs.
- AXA Immo Avenir (+2,33 %) et Ofi Invest ISR Experimmo (+2,00 %) dominent le classement semestriel ; seuls 9 fonds sur 20 sont en territoire positif.
- Les fonds en liquidation (PREIM ISR à -21,21 %, Immanens à -12,22 %) tirent le bas du classement, avec des performances liées aux prix de cession et non à la tendance de marché.
- Le passage de SLF Dynapierre au format ELTIF et les contraintes AIFM II confirment que la liquidité des OPCI n'est plus un acquis : suspension de rachats, plafonnements et commissions de sortie se généralisent.
Au 30 juin 2026, les OPCI grand public affichent une performance cumulée de +0,04 % depuis le début de l'année, selon les données ASPIM-IEIF. Un retour tout juste positif, porté par un reflux sensible de la décollecte et par quelques véhicules en nette progression. Mais l'écart entre les meilleurs et les plus mal positionnés s'élargit, pendant que le marché se restructure en profondeur : changements de gestionnaires, mutations réglementaires, conversion vers l'ELTIF.
Un retour dans le vert de justesse après un premier trimestre négatif
Le 1er trimestre 2026 s'était soldé par -0,11 % pour l'ensemble des OPCI grand public. Le rebond du 2e trimestre, de l'ordre de +0,15 point, a suffi à basculer le solaire semestriel en territoire positif. Ce retournement contraste avec deux autres catégories d'actifs immobiliers : les SCPI ont simultanément glissé en territoire négatif (-0,09 %), et les unités de compte immobilières continuent de reculer (-1,59 %).
L'actif net des 22 véhicules recensés par l'ASPIM s'établit à 10,5 Md€ au 30 juin 2026. C'est un recul de 10,9 % sur un an, par rapport aux 11,8 Md€ du 30 juin 2025. Et deux fois moins qu'au pic du marché, atteint au 1er trimestre 2022 à 21 Md€. Sur les 20 OPCI dont l'ASPIM publie la performance, seuls 9 affichent une progression positive depuis le 1er janvier.

La décollecte recule de près des trois quarts au 2e trimestre
Le facteur déterminant de ce rétablissement partiel tient à la pression des rachats, qui s'est considérablement allégée. La décollecte nette des OPCI grand public s'est réduite à 63 M€ au 2e trimestre 2026, contre 273,7 M€ au trimestre précédent. Sur l'ensemble du semestre, les sorties nettes atteignent 336,7 M€, à comparer aux 577,5 M€ enregistrés au premier semestre 2025.
Moins de rachats signifie mécaniquement moins de cessions d'actifs contraintes, et donc moins de pression à la baisse sur les valeurs liquidatives. La décollecte reste néanmoins concentrée sur les plus grands véhicules du marché.
- OPCIMMO (Amundi Immobilier) : -21 M€ au 2T 2026, -177 M€ depuis janvier
- BNP Paribas Diversipierre : -19 M€ au 2T 2026, -64 M€ sur le semestre
- Immo Diversification ISR (AEW) : -12 M€ au 2T 2026
- AXA Immo Avenir (3,65 Md€ d'actif net) : collecte nette nulle sur la période
AXA Immo Avenir et Ofi Invest ISR Experimmo, les deux leaders du semestre
Deux OPCI dépassent la barre des 2 % de performance depuis le 1er janvier. AXA Immo Avenir termine le semestre à +2,33 %, après +1,11 % au 1er trimestre, soit un gain supplémentaire d'environ 1,2 % sur le seul 2e trimestre. Ce fonds est né en février 2025 de la fusion-absorption d'AXA Selectiv' Immo par AXA Selectiv' Immoservice. Sa gestion, avec les 3,65 Md€ d'encours correspondants, est désormais assurée par les équipes de BNP Paribas REIM France.
Ofi Invest ISR Experimmo (+2,00 %) signe quant à lui la meilleure progression du 2e trimestre, avec environ +1,55 %, après un 1er trimestre plus modeste à +0,45 %. Ce fonds de 262 M€ d'actif net, sans endettement, doit cette résilience à la structure de sa poche immobilière, qui représente 69 % de l'actif.
Ofi Invest ISR Experimmo : ce qui soutient la valorisation
- Taux d'occupation financier remonté à 95,9 % au 30 juin, grâce à la commercialisation de surfaces dans l'immeuble Carpe Diem à La Défense
- Revalorisation de l'immeuble résidentiel danois en portefeuille
- Indexation des loyers des entrepôts logistiques néerlandais, qui constituent 62 % de la poche immobilière
- Le segment bureaux français est qualifié de « contrasté » par le gestionnaire lui-même
Les fonds d'AEW se distinguent également sur le 2e trimestre : Immo Diversification ISR gagne environ +1,7 %, Franceurope Immo ISR environ +1,1 %, ce qui leur permet d'effacer leurs pertes du 1er trimestre et d'afficher +0,72 % et +0,37 % sur le semestre. Groupama Gan Pierre 1 repasse lui aussi dans le vert à +0,42 %.
Silver Génération : une performance à lire avec précaution
Troisième du classement semestriel, Silver Génération (A Plus Finance) affiche +0,92 % selon le calcul ASPIM, mais +1,73 % selon le reporting de sa part P, qui intègre les deux distributions du semestre (2 × 7,50 €/part). L'écart illustre un biais de lecture courant sur les OPCI distributifs : la performance publiée dans les classements agrégateurs peut exclure les dividendes versés.
Ce véhicule dédié aux résidences services seniors poursuit un programme de cessions (lots à Luçon et Montluçon) pour ramener sa poche immobilière de 86,7 % vers la cible de 80 %. La livraison de sa résidence en construction à Béthune est reportée au 2nd semestre 2027, après activation de la garantie financière d'achèvement. Silver Génération vient également d'instaurer une commission de rachat acquise au fonds, plafonnée à 10 %, pour limiter l'effet dilutif des sorties importantes sur un véhicule majoritairement investi en immobilier physique — une logique directement liée aux exigences de la révision de la directive AIFM.
En bas de tableau : liquidations, chutes lourdes et fonds en difficulté
L'autre moitié du classement raconte une réalité bien différente. Plusieurs fonds en phase de liquidation ou avec rachats suspendus cèdent leurs actifs dans un marché encore peu actif, ce qui se répercute mécaniquement sur leurs valeurs liquidatives.
| OPCI | Performance S1 2026 | Situation |
|---|---|---|
| PREIM ISR | -21,21 % | Perd encore plus de 11 % sur le seul 2T 2026 |
| Immanens | -12,22 % | Chute de >11 % au 1T, limitée à -1,1 % au 2T |
| LF Opsis Patrimoine (La Française REM) | -11,08 % | Recul d'environ -8,3 % sur le 2T |
| Altixia Valeur | -8,16 % | Dissolution anticipée depuis le printemps, -8,5 % au 2T |
| Soliving | -4,58 % | Valeur des immeubles en recul de 6,19 % à périmètre constant |
| PREIMium | -4,51 % | En phase de liquidation |
| OPCIMMO (Amundi) | -2,23 % | 2,9 Md€ d'actif net, décollecte persistante |
Ces performances reflètent moins une tendance de marché généralisée que le rythme et les prix de cession imposés par les calendriers de liquidation. La comparaison directe avec les fonds en activité normale n'a donc qu'une portée analytique limitée.
Sofidy Pierre Europe : suspension des rachats jusqu'au 15 octobre
Le cas Sofidy Pierre Europe mérite une attention particulière. Le fonds figurait encore à la 2e place du classement au 1er trimestre (+0,79 %). Il cède plus de 3 % sur le seul 2e trimestre, pour un bilan semestriel de -2,51 %. Faute de liquidités suffisantes, sa société de gestion a suspendu les rachats pour six mois à compter de la valeur liquidative du 15 avril 2026, le temps de finaliser la cession de 11,1 M€ d'actifs en cours d'arbitrage. La période de suspension prendra fin le 15 octobre 2026.
Sofidy Pierre Europe et Soliving (114 M€ d'actif net combinés) figurent désormais sous la bannière de Tikehau Investment Management. Tikehau Capital a finalisé en mai 2026 la fusion de sa filiale Sofidy au sein de sa société de gestion. La marque Sofidy est conservée pour les fonds grand public.

SLF Dynapierre ELTIF et les mutations réglementaires du marché
L'ex-SwissLife ESG Dynapierre a obtenu le 25 novembre 2025 l'agrément ELTIF (European Long-Term Investment Fund). Le changement de dénomination en SLF Dynapierre ELTIF a été voté en assemblée générale extraordinaire le 5 mars 2026. Swiss Life AM n'est pas le seul gestionnaire sur ce créneau : Remake a lancé Remake Pulse, son premier fonds immobilier ELTIF.
Un repositionnement stratégique vers l'immobilier physique
La stratégie de SLF Dynapierre ELTIF est recentrée sur l'immobilier physique, jusqu'à 95 % de l'actif (5 % minimum de liquidités). La diversification s'oriente vers le résidentiel, la logistique, la santé, l'hôtellerie et les loisirs, avec une exposition géographique accrue vers l'Europe du Sud. Première concrétisation en mars 2026 : une participation de 30 % dans un portefeuille de quatre campings 4 étoiles sur la côte adriatique, exploités par Club del Sole. Le portefeuille global de 27 actifs reste toutefois dominé par les bureaux, qui représentent près des trois quarts du patrimoine.
Sur le plan des performances, le fonds affiche +0,14 % sur le semestre selon l'ASPIM (+0,13 % pour la part C selon son propre reporting), malgré un léger recul des valeurs d'expertise de -0,65 % sur le trimestre. La décollecte atteint -33 M€ depuis janvier, pour un actif net de 374 M€.
L'ELTIF : un cadre qui formalise l'illiquidité
Le passage au format ELTIF a un corollaire direct pour l'investisseur : le fonds se présente désormais comme « par nature illiquide ». Les rachats sont plafonnés à 4,2 % de la poche d'actifs liquides. C'est une contrainte réglementaire assumée, mais qui modifie fondamentalement la nature du placement. Les formats Evergreen et ELTIF tendent à encadrer — voire à restreindre — la liquidité plutôt qu'à la garantir, ce qui pèse mécaniquement sur la flexibilité de sortie de l'investisseur. La analyse des véhicules Evergreen et ELTIF mérite d'être conduite avec le même niveau de rigueur que pour les SCPI ou les OPCI classiques.
BNP Paribas REIM France devient le premier gestionnaire d'OPCI du marché
Avec la reprise en gestion d'AXA Immo Avenir (3,65 Md€), BNP Paribas REIM France cumule désormais environ 5 Md€ d'actif net sous gestion sur le segment OPCI grand public, en y ajoutant BNP Paribas Diversipierre. C'est, et de loin, la première position sur ce marché.
Ces transferts de gestion s'inscrivent dans un mouvement plus large de consolidation du secteur. Ils illustrent aussi un risque souvent sous-estimé : le gestionnaire initialement sélectionné lors de la souscription n'est pas nécessairement celui qui pilotera le fonds sur toute la durée de détention. Un point de vigilance supplémentaire pour quiconque sélectionne une SCPI ou un OPCI sur la base du seul track record affiché.
La liquidité, nouvelle contrainte réglementaire pour tous les gestionnaires
La révision de la directive AIFM (« AIFM II ») impose aux gestionnaires de fonds ouverts de disposer d'outils de gestion de la liquidité adaptés à la nature de leurs actifs. Concrètement, un véhicule investi à 80-90 % en immobilier physique ne peut plus présenter une liquidité quotidienne ou hebdomadaire sans mécanisme d'ajustement. Les commissions de rachat acquises au fonds, les plafonnements de rachats et les suspensions ponctuelles deviennent des outils réglementaires légitimes — et de plus en plus fréquents.
Pour l'épargnant, le message est sans ambiguïté : un OPCI n'a jamais été, dans sa structure réelle, un placement immobilier liquide. La directive AIFM II ne fait que formaliser une réalité que les bulletins trimestriels documentaient déjà. Entre les fonds qui renoue avec la performance, ceux qui changent de cadre pour mieux gérer leurs sorties et ceux qui procèdent à la liquidation ordonnée de leur patrimoine, le spectre des situations ne s'est jamais autant élargi sur ce segment.



