L'essentiel en 30 secondes
- L'IA agentique marque selon Itavera AM le passage à la monétisation : OpenAI, Anthropic et les hyperscalers accélèrent leur chiffre d'affaires, et une inflexion des *free cash flows* est anticipée à l'horizon 2027-2028.
- La capacité de calcul mondiale doit passer de 15 GW en 2025 à 118 GW en 2028 : Itavera AM mise sur les infrastructures et les facilitateurs, en sous-pondérant les applicatifs.
- Le Nasdaq 100 affiche +153 % depuis fin 2022 sans expansion de multiple ; à 22,3 fois les bénéfices attendus, il traite sous sa moyenne cinq ans de 24,7 fois — la progression est portée par les bénéfices, pas par la spéculation.
- La rotation liée à l'entrée de SpaceX dans les ETF spatiaux (de 0 à 15 % de pondération moyenne) a pénalisé les petites capitalisations du secteur ; Itavera AM juge la rotation quasiment achevée à fin septembre 2026.
- Un quart des sociétés du secteur spatial n'est pas encore rentable : la remontée des taux longs comprime leurs valorisations et accroît leur dépendance aux financements externes — un risque à intégrer explicitement dans toute allocation thématique.
Le 8 octobre, Rolando Grandi, co-directeur de la gestion chez Itavera Asset Management, a présenté sa grille d'analyse sur deux thématiques d'investissement : l'intelligence artificielle et le spatial. Les deux axes sont portés par des fondamentaux distincts et appellent des positionnements différents. Voici ce que la lecture de ce webinaire révèle — au-delà des arguments de façade.
IA agentique : le passage de la démonstration à la rentabilité
L'intelligence artificielle ne manque plus de relais de croissance. Véhicules autonomes, robots humanoïdes, médicaments de synthèse, centres de données en orbite : les cas d'usage se multiplient. Mais ce qui retient l'attention d'Itavera AM en 2026, c'est l'émergence de l'IA agentique — des systèmes capables d'agir de manière autonome, sans intervention humaine à chaque étape.
Pour Rolando Grandi, co-directeur de la gestion et responsable de la gestion actions, cette évolution marque un tournant : « Nous entrons dans une phase de monétisation croissante. C'est une réponse concrète aux interrogations sur la rentabilité des investissements massifs réalisés dans l'IA. » Cette conviction nourrit l'enthousiasme du gérant pour 2027.
La dynamique est déjà visible dans les chiffres d'affaires d'OpenAI, d'Anthropic, et des trois grands hyperscalers — Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud. Itavera AM anticipe, à l'horizon 2027-2028, une inflexion qu'il qualifie d'« historique » dans leurs flux de trésorerie disponibles. Un point d'inflexion qui, s'il se matérialise, changerait la lecture des valorisations actuelles.

Infrastructures et facilitateurs : le cœur du positionnement IA
Face à l'incertitude sur les modèles qui s'imposeront à terme, Itavera AM a fait un choix de conviction : concentrer l'exposition sur les infrastructures indispensables au développement de l'IA, indépendamment du vainqueur technologique final. La logique est celle du « fournisseur de pelles » : quelle que soit la société qui produit le meilleur modèle, la puissance de calcul restera nécessaire.
Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu. La capacité de calcul installée dans le monde devrait progresser comme suit :
| Année | Capacité de calcul installée (GW) |
|---|---|
| 2025 | 15 GW |
| Fin 2026 | 37 GW |
| 2028 | 118 GW |
Selon Rolando Grandi, cette progression reste insuffisante face à une demande jugée exponentielle : « L'IA se heurte aujourd'hui aux limites du monde physique. » La stratégie se structure autour de deux axes — infrastructures et facilitateurs — tandis que les utilisateurs et les développeurs d'applications sont sous-pondérés.
C'est ici que l'angle de sélection d'un fonds thématique IA prend tout son sens : un fonds centré sur les pure players applicatifs expose différemment des risques sectoriels, de multiples de valorisation et de cycle qu'un fonds orienté infrastructures. La sélection de fonds en architecture ouverte permet précisément de distinguer ces profils avant de les intégrer dans une allocation.
Nasdaq 100 : bulle ou croissance des bénéfices ?
Le débat sur la bulle technologique revient régulièrement. Rolando Grandi l'écarte, données à l'appui. Depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, le Nasdaq 100 a progressé de plus de 153 % à fin septembre 2026 — sans expansion du multiple de valorisation. Ce n'est pas une réévaluation spéculative : c'est la croissance des bénéfices qui a tiré les cours.
Sur les neuf premiers mois de 2026, l'indice affiche +23 %, malgré une contraction de près de 9 % des multiples due à la remontée des taux longs. À 22,3 fois les bénéfices attendus, contre une moyenne de 24,7 fois sur cinq ans, la valorisation reste en deçà de sa propre moyenne historique récente. La croissance bénéficiaire anticipée atteint 35 % sur douze mois glissants.
« Il faut distinguer le signal du bruit », formule Rolando Grandi. Les risques géopolitiques, les craintes de ralentissement de l'IA ou les échéances électorales existent — mais ils ne modifient pas la trajectoire bénéficiaire sous-jacente. C'est elle qui détermine la soutenabilité des valorisations, pas le sentiment de marché à court terme.

Spatial : une rotation perturbatrice, des fondamentaux intacts
La thématique spatiale traverse une période difficile en 2026. L'introduction en Bourse de SpaceX a provoqué une rotation brutale des portefeuilles dans les ETF thématiques consacrés au secteur. La pondération de SpaceX dans ces véhicules est passée de 0 à 15 % en moyenne, selon Itavera AM — ce qui a mécaniquement pesé sur les petites et moyennes capitalisations du secteur, contraintes d'être allégées pour financer l'entrée de ce nouveau poids lourd.
Depuis septembre, la situation se stabilise : la rotation serait quasiment achevée et la collecte recommencerait à revenir sur la thématique. Pour Itavera AM, les fondamentaux justifient un rebond potentiel :
- Des valorisations revenues à des niveaux jugés attractifs après la correction
- Des fondamentaux d'entreprises décrits comme solides par le gérant
- Une demande publique et commerciale en progression continue
- Une rotation de portefeuilles quasiment achevée selon Itavera AM à fin septembre
Un facteur de risque persiste cependant : la remontée des taux longs. Elle comprime les valorisations des sociétés de croissance et pèse d'autant plus que, selon Rolando Grandi, un quart des entreprises du secteur spatial ne sont pas encore rentables et dépendent de financements externes pour assurer leur développement.
Sur SpaceX spécifiquement, le gérant adopte une posture de long terme : « C'est un acteur unique, ce qui justifie une valorisation premium. Mais y investir suppose d'avoir confiance dans la capacité du management à concrétiser ses ambitions technologiques. C'est un pari de très long terme. » Une formulation qui rappelle utilement qu'une conviction de gestion et un risque élevé ne s'excluent pas — ils coexistent.
Le risque de perte en capital est réel sur des thématiques de croissance concentrées sur des sociétés non rentables. La liquidité des fonds thématiques peut également varier significativement selon leur format — un point à examiner avant toute entrée, en particulier sur les véhicules de type evergreen ou ELTIF, qui imposent des contraintes de rachat spécifiques.
Ce que révèle la concentration des marchés actions
L'exposition des grands indices à l'IA n'est pas anodine. La part des secteurs liés à l'IA dans la capitalisation boursière totale des indices actions principaux est désormais suffisamment importante pour que la performance d'ensemble dépende en partie d'un nombre restreint de valeurs. Ce risque de concentration est documenté et croissant.
Pour un investisseur qui souhaite s'exposer à l'IA ou au spatial via des fonds thématiques, cela implique deux précautions élémentaires : identifier ce que le fonds détient réellement (les dix premières lignes concentrent souvent plus de 50 % de l'actif), et vérifier que cette exposition ne redouble pas celle déjà présente dans d'autres fonds du portefeuille. Un fonds IA et un fonds Nasdaq 100 peuvent partager 70 % de leurs dix premières lignes sans que cela soit visible au niveau des étiquettes.
La gestion de patrimoine indépendante produit précisément cet audit de recouvrement — une analyse que les réseaux captifs n'ont structurellement pas intérêt à conduire, puisqu'elle peut conduire à réduire l'exposition à leurs propres produits.



