Le dispositif Jeanbrun 2026 propose un amortissement immobilier locatif avec des contraintes opérationnelles importantes.
- Amortissement sur 80% du prix d’acquisition avec des taux de 3,5% à 5,5% selon le type de bien et le niveau de loyer
- Engagement locatif de 9 ans avec plafonds de ressources locataires et plafonds annuels de déduction allant de 8 000€ à 12 000€
- Pour l’ancien, 30% minimum de travaux obligatoires avec DPE A ou B exigé, créant une barrière technique considérable
- Imputation sur le revenu global possible, mais risque de surcote initiale et rentabilité structurelle souvent décevante
- Les alternatives européennes diversifiées offrent des rendements jusqu’à 6,8% annuels sans contraintes réglementaires lourdes
L’investissement immobilier locatif ne manque jamais d’opportunités fiscales, particulièrement lorsqu’un nouveau mécanisme vient bouleverser les stratégies patrimoniales établies. Lancé par Guillaume Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, ce dispositif introduit via l’article 12 octies du projet de loi de finances 2026 propose un système d’amortissement qui mérite une analyse approfondie. Depuis le 22 décembre 2025, date de la publication législative initiale, les investisseurs évaluent cette nouvelle possibilité avec une prudence justifiée. La promesse d’une déduction fiscale substantielle ne doit pas masquer les contraintes opérationnelles et les risques financiers inhérents à ce montage.
Les mécanismes d’amortissement et leurs conditions d’accès
Le dispositif repose sur un principe d’amortissement appliqué à 80% du prix d’acquisition, excluant la valeur foncière. Cette base correspond au montant hors frais, majoré des travaux dans l’ancien. L’engagement locatif s’étend sur neuf années consécutives, avec une obligation de mise en location dans les douze mois suivant l’achèvement ou l’acquisition. Les logements concernés doivent être proposés en nu comme résidence principale, sous conditions strictes de ressources locataires.
Trois niveaux de loyers définissent les taux d’amortissement applicables. Pour le neuf, la location intermédiaire permet 3,5% avec un plafond de 8 000€ annuels par foyer fiscal. La location sociale atteint 4,5% plafonné à 10 000€, tandis que la location très sociale culmine à 5,5% avec 12 000€ de plafond maximal. Ces deux dernières catégories imposent qu’au moins 50% des revenus locatifs proviennent effectivement de logements sous ces plafonds.
Dans l’ancien, les taux s’établissent respectivement à 3%, 3,5% et 4%, avec des plafonds identiques. Néanmoins, l’éligibilité exige que les travaux représentent minimum 30% du prix d’acquisition, tout en satisfaisant aux critères de réhabilitation lourde garantissant un diagnostic de performance énergétique A ou B. Cette exigence constitue une barrière technique considérable pour la plupart des acquéreurs individuels.
| Type de bien | Niveau de location | Taux d’amortissement | Plafond annuel |
|---|---|---|---|
| Neuf | Intermédiaire | 3,5% | 8 000€ |
| Neuf | Social | 4,5% | 10 000€ |
| Neuf | Très social | 5,5% | 12 000€ |
| Ancien | Intermédiaire | 3% | 8 000€ |
| Ancien | Social | 3,5% | 10 000€ |
| Ancien | Très social | 4% | 12 000€ |
Les avantages structurants pour l’optimisation patrimoniale
L’attractivité majeure réside dans l’imputation des amortissements sur le revenu global, non limitée aux seuls revenus fonciers. Cette particularité permet d’absorber des tranches marginales d’imposition élevées, créant un levier fiscal significatif pour les contribuables fortement imposés. Par ailleurs, le doublement du plafond du déficit foncier, passant de 10 700€ à 21 400€ jusqu’au 31 décembre 2027, amplifie considérablement les possibilités d’optimisation.
Le dispositif s’applique sans restriction géographique pour les logements collectifs détenus en direct ou via une SCI non soumise à l’impôt sur les sociétés. Cette souplesse territoriale élargit le champ des opportunités d’acquisition, permettant de cibler des marchés dynamiques au-delà des zones tendues traditionnelles. L’option irrévocable doit être exercée lors de la déclaration des revenus de l’année d’achèvement, déterminant ainsi le premier jour du mois d’achèvement comme point de départ de la période d’amortissement.
Pour les patrimoines diversifiés cherchant à maximiser l’efficience fiscale, ce mécanisme offre une alternative aux dispositifs traditionnels. En revanche, l’interdiction de cumul avec Loc’Avantages, Denormandie, Malraux ou Monuments Historiques impose des arbitrages stratégiques. La structuration globale doit intégrer ces contraintes réglementaires pour éviter toute disqualification fiscale ultérieure.

Les contraintes opérationnelles et risques financiers dissimulés
Au-delà des promesses fiscales, plusieurs obstacles structurels menacent la rentabilité réelle. L’alignement des niveaux de loyers social et très social sur ceux du Loc’Avantages impose des plafonds particulièrement contraignants. Cette limitation réduit drastiquement la capacité d’autofinancement du bien, augmentant l’effort d’épargne mensuel nécessaire pour assurer la viabilité financière de l’opération.
Dans l’ancien, le seuil de 30% de travaux combiné aux exigences de réhabilitation lourde crée une double contrainte. Atteindre un DPE A ou B implique des interventions structurelles complexes : isolation renforcée, systèmes de chauffage performants, ventilation double-flux. Ces travaux nécessitent une coordination technique rarement maîtrisée par les investisseurs particuliers, générant des dépassements budgétaires fréquents et des délais imprévisibles.
L’interdiction de louer à des membres du foyer fiscal ou à des parents jusqu’au deuxième degré élimine toute stratégie de transmission patrimoniale intergénérationnelle. Cette restriction contrarie les logiques de solidarité familiale, privant notamment les investisseurs de la possibilité d’accompagner leurs enfants dans leurs parcours résidentiels tout en bénéficiant d’avantages fiscaux.
Comme observé dans les analyses critiques des dispositifs fiscaux, le risque majeur reste celui de la surcote initiale. Les promoteurs et intermédiaires commercialisent des biens « packagés » dont le prix intègre déjà l’avantage fiscal anticipé. Le rapport IGF/CGEDD de 2019 sur le dispositif Pinel révélait qu’un investissement moyen revendu après neuf ans générait une moins-value de 16 000€ dans un contexte de prix stables.
La stratégie alternative : privilégier la rentabilité structurelle
Face aux limites du Jeanbrun, l’analyse macroéconomique suggère des orientations patrimoniales plus pérennes. Les arbitrages entre réduction fiscale immédiate et construction patrimoniale durable révèlent souvent un déséquilibre défavorable aux premiers. L’impatience fiscale coûte généralement plus cher que l’optimisation progressive basée sur des fondamentaux solides.
Les alternatives européennes méritent considération, notamment à travers les stratégies de diversification géographique qui offrent des perspectives de rendement décorrélées du marché français. Certaines approches permettent même d’atteindre des performances annuelles de 6,8% sans les contraintes opérationnelles inhérentes aux dispositifs fiscaux nationaux.
L’investissement international présente plusieurs avantages structurels :
- Exposition à des marchés immobiliers moins saturés et réglementés
- Diversification des risques locatifs et économiques
- Optimisation fiscale naturelle via les conventions fiscales internationales
- Absence de plafonds de loyers contraignant la rentabilité locative
La fiscalité des investissements internationaux permet également d’optimiser la charge fiscale globale sans sacrifier la qualité intrinsèque des actifs acquis. Cette approche privilégie la substance sur la forme, le rendement réel sur l’apparence fiscale.
Le dispositif Jeanbrun illustre une tendance récurrente : l’utilisation d’incitations fiscales pour orienter les comportements d’investissement vers des segments de marché spécifiques. Pourtant, l’histoire financière atteste systématiquement que les meilleurs investissements sont ceux dont la rentabilité intrinsèque justifie l’acquisition, indépendamment de tout avantage fiscal temporaire. La prudence commande d’évaluer scrupuleusement le cash-flow net réel avant toute considération fiscale.



