L’article en bref : Trois facteurs majeurs soutiennent les marchés malgré les tensions géopolitiques : une inflation maîtrisée, des dépenses militaires massives et l’investissement en IA aux États-Unis.
- Taux et inflation contrôlés : L’inflation eurozone à 2,8 % (contre 10 % en 2022) et une progression modérée des taux limitent les chocs obligataires.
- Moteurs américains robustes : Dépenses de défense en hausse de 10-20 % annuels, investissements colossaux en IA et politique fiscale expansionniste dopent la croissance.
- Divergence géographique : Europe fragile (+0,9 % zona euro), Chine solide (>5 %), redistribuant les opportunités de rendement.
- Risques à surveiller : Intensification géopolitique au Moyen-Orient et résurgence du yen carry trade constituent des menaces d’instabilité majeure.
Trois facteurs tiennent les marchés à flot depuis le début de l’année, malgré un environnement géopolitique qui n’incite guère à l’optimisme. Le conflit au Moyen-Orient, persistant et imprévisible, n’a pas déclenché l’effondrement économique redouté au terme du premier semestre 2026. Comprendre pourquoi exige de regarder de près les dynamiques qui structurent réellement les valorisations boursières.
Des taux maîtrisés et une inflation bien différente de 2022
Les taux à 10 ans américains ont progressé de 4,10 % à 4,6 % sur les six premiers mois de l’année. C’est notable, mais c’est sans commune mesure avec le choc obligataire de 2022. À l’époque, la Fed et la BCE avaient relevé leurs taux directeurs de plus de 4 points de pourcentage, partant d’un niveau zéro. Cette fois, les banques centrales disposent d’une marge de manœuvre beaucoup plus étroite, et leur réaction reste calibrée : une ou deux hausses de 0,25 % semblent probables, pas davantage.
Le différentiel d’inflation est encore plus frappant. L’inflation en zone euro avait atteint 10 % fin 2022. Elle ressort à 2,8 % aujourd’hui. Le pétrole au-dessus de 80 dollars par baril, un seuil franchi en mars dernier, rappelle certes les tensions de 2022, mais le choc dure depuis quatre mois contre huit à l’époque. La vigilance reste de mise, notamment à l’approche de la rentrée. Pour les tensions géopolitiques et le recul de l’inflation sur les marchés, le scénario actuel contraste donc nettement avec l’épisode stagflationniste de la période post-Covid.
Sur le plan monétaire, la Réserve fédérale devrait adopter une posture attentiste en juillet. La remontée des prix à la consommation aux États-Unis, passée de +2,4 % à +2,7 %, complique le calendrier d’un assouplissement que les marchés espèrent. Ce glissement, lié en partie aux droits de douane, repousse mécaniquement la première baisse de taux et maintient une pression sur les rendements longs. Un investisseur soucieux de préserver la valeur réelle de son patrimoine ne peut ignorer ce signal.
Le moteur américain : dépenses militaires, IA et agenda fiscal de Trump
Christian Bito, professeur de finance à l’ESSEC et vice-président de Swiss Life Gestion Privée, identifie trois piliers qui soutiennent la croissance américaine : la relance militaire, l’investissement technologique massif et la politique fiscale de Donald Trump. Leur convergence explique la résilience des indices, à commencer par le S&P 500.
Les dépenses de défense ont progressé de 9,7 % en 2024. Les projections pour les années suivantes tablent sur des hausses annuelles comprises entre 10 % et 20 %, portées par les tensions géopolitiques et les engagements pris auprès de l’OTAN. Ces centaines de milliards injectés dans l’industrie de défense dopent directement la production industrielle américaine et européenne, même si l’Europe reste à la traîne sur le plan macroéconomique global.
Amazon, Google et Microsoft investissent simultanément des montants colossaux dans leurs infrastructures de centres de données, soutenant une demande soutenue en semi-conducteurs et en mémoire. L’IA n’est plus un thème spéculatif : c’est un flux de CAPEX réel, mesurable trimestriellement. Les attentes bénéficiaires pour le S&P 500 restent néanmoins très élevées, et la question de leur soutenabilité face à ces investissements massifs mérite une surveillance attentive à la rentrée.
Sur le front fiscal, Trump a réussi à faire adopter son « big and beautiful Bill », combinant baisses d’impôts et relance budgétaire. Les recettes douanières, qui pourraient atteindre environ 500 milliards de dollars par an si le taux moyen se stabilise autour de 18 %, financent cet agenda. La guerre commerciale a finalement produit moins de destructions que prévu : après avoir imposé 145 % de droits sur les importations chinoises, les États-Unis ont conclu des accords à des niveaux bien inférieurs, comme 10 % avec le Royaume-Uni ou 15 % avec le Japon.
| Zone / Pays | Prévision de croissance 2026 | Facteur principal |
|---|---|---|
| Monde (FMI) | +3,0 % | États-Unis, Chine, dépenses militaires |
| Zone euro | +0,9 % | Reprise industrielle fragmentée |
| Allemagne | +0,7 % | Rebond industriel timide |
| France | +0,6 % | Contrainte budgétaire persistante |
| Chine | >+5,0 % | Dynamique domestique |

Europe fragile, Chine solide : une géographie de la croissance qui redistribue les cartes
Le PIB de la zone euro a reculé de 0,2 % au premier trimestre 2026. La France affiche -0,1 %. L’Allemagne, supposée tirer la reprise, ne dépassera pas 0,7 % de croissance cette année selon le FMI. La contrainte budgétaire pèse lourd : le déficit français frôle 6 % du PIB, et le plan de redressement du Premier ministre ne contient aucune mesure susceptible de relancer une croissance attendue à seulement 0,6 % par la Banque de France.
La Chine, en revanche, surprend positivement. En se recentrant sur sa demande intérieure, la deuxième économie mondiale affiche une croissance supérieure à 5 %, contribuant significativement aux 3 % de croissance mondiale prévus par le FMI. Pour un portefeuille diversifié, ignorer cette dynamique asiatique reviendrait à laisser de côté une composante de rendement non négligeable. Les risques énergétiques dans une perspective de long terme sur les marchés compliquent toutefois toute allocation trop concentrée sur les marchés émergents.
Deux scénarios de risque méritent d’être intégrés dès maintenant dans toute réflexion patrimoniale :
- Une intensification du conflit au Moyen-Orient, notamment un blocage du détroit de Bab-el-Mandeb par les Houthis, qui ferait remonter brutalement le pétrole et l’inflation.
- Un retour du yen carry trade : si la Banque du Japon relevait ses taux, des liquidations massives de positions spéculatives pourraient provoquer une secousse mondiale comparable à l’été 2024.
La chute du dollar depuis janvier 2026 pourrait déjà préfigurer ce mouvement. Pour ceux qui cherchent à protéger leur patrimoine des turbulences obligataires et géopolitiques, les produits structurés adaptés aux tensions géopolitiques constituent une piste à chercher sérieusement. De même, diversifier une partie des actifs vers des supports décorrélés des marchés cotés, comme le private equity avec des rendements historiques supérieurs à 16 % par an, peut réduire l’exposition aux retournements brutaux de sentiment de marché.


