Eurocroissance : pourquoi ce placement a déçu les épargnants
Homme en costume pensif à son bureau surplombant Paris

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L’article en bref : L’eurocroissance, lancé en 2014 pour offrir une alternative entre fonds euros et unités de compte, n’a pas tenu ses promesses de rendement supérieur malgré un blocage minimum de huit ans.

  • Encours limités : Seulement 13 milliards d’euros contre 1 441 milliards pour les fonds euros traditionnels, révélant le désintérêt des épargnants
  • Rendements décevants : Des performances à peine supérieures aux fonds euros classiques (3,40 % versus 3 %) pour une immobilisation du capital prolongée
  • Garantie nominale, pas réelle : Le capital récupéré perd du pouvoir d’achat face à l’inflation sur huit ans minimum
  • Schéma commercial répétitif : Comme le PER, l’eurocroissance privilégie les arguments de façade plutôt qu’une rationalité patrimoniale transparente
  • Alternative recommandée : L’assurance vie en architecture ouverte offre meilleure liquidité et flexibilité fiscale sans contraintes artificielles

Lancé en 2014 sous l’impulsion de Bercy, puis réformé par la loi Pacte en 2020, l’eurocroissance devait incarner une troisième voie entre le fonds euros classique et les unités de compte. La promesse était claire : une garantie du capital à terme, en échange d’une durée de blocage minimale de huit ans, et des rendements sensiblement supérieurs aux fonds euros. Résultat, en 2026 ? Les fonds eurocroissance totalisent seulement 13 milliards d’euros d’encours, contre 1 441 milliards pour les fonds euros traditionnels. Les épargnants ont tranché.

Une promesse de rendement qui ne s’est pas concrétisée

Le mécanisme de l’eurocroissance repose sur un échange simple en apparence — l’épargnant accepte de renoncer à la garantie permanente du fonds euros classique, en contrepartie d’une liberté de gestion accrue pour l’assureur — et donc, théoriquement, d’un rendement supérieur au terme des huit années.

Les chiffres 2025 douchent cet enthousiasme. Le fonds Générations Croiss@nce durable de Generali affiche une performance de 3,40 % — contre 3 % pour son fonds euros Netissima. Quelques dixièmes de points d’écart supplémentaires, pour un capital immobilisé au minimum huit ans. Le fonds Croissance Allocation Long Terme de Spirica tombe quant à lui à 0,90 % en 2025, après deux exercices à plus de 5 %. Cette dispersion extrême des résultats illustre mieux que tout discours le problème fondamental du produit.

La comparaison mérite d’être posée noir sur blanc :

Support Performance 2025 Garantie capital Liquidité
Fonds euros classique (Netissima) 3,00 % Permanente À tout moment
Eurocroissance Generali 3,40 % À terme (8 ans min.) Bloquée 8 ans min.
Eurocroissance Spirica 0,90 % À terme (8 ans min.) Bloquée 8 ans min.

Derrière ces chiffres se cache un autre problème, rarement mis en avant dans les documents commerciaux : la garantie de l’eurocroissance est nominale, pas réelle. Un investisseur qui place 100 000 € en 2020 récupère bien 100 000 € en 2028 — mais avec une inflation cumulée significative sur huit ans, ce capital aura perdu une part concrète de son pouvoir d’achat. « Votre capital est garanti » est un argument rassurant. C’est aussi un argument incomplet.

Le PER et l’eurocroissance : deux produits, un même schéma

L’eurocroissance n’est pas un cas isolé. Le Plan d’Épargne Retraite (PER), lancé en 2019, suit une logique similaire : séduire par un avantage de surface — ici, la déduction fiscale des versements du revenu imposable — tout en minimisant les contraintes réelles. Beaucoup d’épargnants soucieux de leur pression fiscale ont souscrit rapidement, attirés par deux mots : réduction d’impôt et retraite.

La réalité est plus nuancée. Les sommes retirées à la retraite — capital ET gains cumulés — sont soumises à l’impôt sur le revenu. La déduction initiale n’est donc pas un gain définitif, mais un simple report d’imposition. Pour un contribuable dont la tranche marginale reste identique entre sa vie active et sa retraite, le bénéfice fiscal peut être nul. Si des revenus complémentaires s’ajoutent — revenus fonciers, rentes — il peut même devenir négatif une fois les prélèvements sociaux sur les gains intégrés. Cette mécanique fiscale complexe mérite une analyse approfondie avant tout engagement sur des réductions d’impôt.

À cela s’ajoute le blocage du capital jusqu’à la retraite, sauf cas remarquables très limités. Pour celui qui anticipe un besoin de liquidité à 50 ou 55 ans, cette contrainte représente un coût d’opportunité réel que les plaquettes commerciales gomment habilement. Face à ces deux produits, il est utile de comprendre pourquoi la hausse fiscale sur le PER incite à privilégier d’autres enveloppes.

Eurocroissance : pourquoi ce placement a déçu les épargnants

Quatre paramètres pour ne plus se laisser séduire par les arguments de façade

Ces deux exemples révèlent un schéma récurrent — des placements conçus d’abord pour répondre à des impératifs de collecte ou à des buts fiscaux publics, puis commercialisés avec des arguments qui parlent aux émotions — sécurité, défiscalisation, retraite — plutôt qu’à une rationalité patrimoniale froide. Tout investisseur averti devrait systématiquement passer un placement par ce filtre en quatre points :

  1. La nature exacte de la garantie : nominale ou réelle ? Permanente ou seulement à l’échéance ? Conditionnelle à l’absence de retrait anticipé ?
  2. Le coût réel de la contrainte de liquidité : bloquer son capital huit ans a une valeur économique. La surperformance promise compense-t-elle vraiment ce sacrifice ?
  3. La fiscalité sur l’intégralité du cycle de vie : un avantage à l’entrée peut se modifier en charge à la sortie. Le calcul doit être global.
  4. La performance nette de frais sur longue période — les frais de gestion annuels d’un fonds eurocroissance s’accumulent sur dix ou quinze ans avec un effet considérable sur le capital final.

Pour les profils patrimoniaux sophistiqués, le choix entre assurance vie et PER pour préparer sa retraite mérite une comparaison rigoureuse, bien au-delà des arguments commerciaux habituels.

L’assurance vie en architecture ouverte : une alternative structurellement plus solide

Face aux limites de l’eurocroissance et aux angles morts du PER, l’assurance vie reste l’enveloppe la plus polyvalente pour un épargnant français — à condition de bien choisir son contrat. Avant de souscrire, il est essentiel de maîtriser les bénéfices et inconvénients concrets de l’assurance vie pour éviter les mauvaises surprises.

Un contrat en architecture ouverte — notamment au Luxembourg — permet d’accéder aux meilleurs fonds du marché en parts institutionnelles, sans les contraintes artificielles de l’eurocroissance ni les effets secondaires fiscaux du PER. La garantie y est réelle, la liquidité préservée, et la sélection des supports guidée par les mérites des fonds — pas par les intérêts de collecte d’un assureur. Pour un patrimoine diversifié cherchant à la fois préservation du capital réel et optimisation fiscale sur le long terme, ce cadre répond à des exigences que ni l’eurocroissance ni le PER standard ne satisfont pleinement.

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